• pierre-yves cossé

Winston Churchill, Premier Ministre,






Winston Churchill, Premier Ministre,


Début mai 40, après l’échec de la campagne de Norvège, le gouvernement de Neville Chamberlain est affaibli. En tant que chef du parti tory, il dispose d’une large majorité parlementaire et de nombreux appuis dans l’establishment, mais sa popularité dans le pays a baissé. La guerre s’annonce plus dure que prévue et le besoin d’un cabinet d’union nationale est ressenti par beaucoup. Or le parti travailliste n’est pas prêt à entrer dans un gouvernement résidé par Chamberlain. Churchill, quoique membre éminent du cabinet en place, est le plus préparé à conduire le pays dans la guerre, du fait de ses compétences militaires et de son passé. « Il s’était mis éligible par ses discours…par sa perception précoce de la menace nazie, et par sa persistance à exhorter ses compatriotes à faire des préparatifs » Son âge, 65 ans, n’est pas retenu contre lui, il respire la santé et remplace un septuagénaire.


Il a néanmoins plusieurs obstacles à franchir : une méfiance à l’égard de son jugement, les soutiens inconditionnels de Chamberlain aux Communes et un candidat à la succession, Halifax, qui a la préférence du Premier Ministre en place. Heureusement, pour Winston, son concurrent n’est nullement prêt à assumer des responsabilités militaires dans un pays en état de guerre et surtout il est « lord » Or, selon la tradition constitutionnelle, un lord, qui n’a pas accès aux Communes, ne saurait être Premier Ministre. Cette tradition aurait pu être contournée mais les partisans de Winston, dont Anthony Eden, firent campagne, et le silence-exceptionnel- de Winston joue en sa faveur. La proposition faite à George VI de nommer Churchill premier ministre ne fut précédée d’aucun vote. Quatre personnalités, toutes sorties de collèges privés, dont Winston Churchill, prennent la responsabilité de mettre en place un Premier Ministre, qui le restera pendant plus de cinq ans (Juillet 45) Le 10 mai, premier jour de l’offensive allemande, à 21 h, Chamberlain démissionnaire, exhorte, à la radio, le peuple anglais à soutenir son successeur.


De nombreux traits de caractère s’affirment davantage, durant ces quatre ans d’épreuves et d’exercice des responsabilités au plus haut niveau.

D’abord son courage physique. Il ne cesse de se déplacer durant toute la guerre, prenant des risques considérables, quel que soit le mode de transport : le bateau de guerre, qui peut être coulé par les sous-marins, l’avion ou hydravion soumis aux tirs de la DCA ou à ceux de la Luftwaffe Il se déplace pour voir la réalité du terrain et convaincre : Paul Reynaud de continuer la guerre (3 fois en mai-juin 40) Roosevelt pour qu’il entre en guerre, puis pour qu’il donne la priorité dans le temps à la lutte contre l’Allemagne, avant le Japon, Staline pour tenter en vain de dissiper sa méfiance. En tout, 180 000 k. L’odeur de la guerre et des combats, les contacts avec la troupe, il adore. Il se rend en Normandie, alors que les combats continuent, il traverse le Rhin sur une barge de débarquement puis sa jeep reçoit des balles.


Il paie ses déplacements en avion par le plus grand inconfort, accepte d’être allongé sur une carlingue métallique et affublé d’un masque (faute de pressurisation adéquate) Même courage ( ou même inconscience) durant les bombardements de Londres ; au lieu de rester dans un abri, il monte sur les toits pour situer les impacts des bombes. Pendant longtemps, il continue de travailler à Downing Street qui sera atteint par des bombes. Il prend, enfin, le risque de s’absenter de Londres pendant plusieurs semaines de suite, pour les Etats-Unis, voire le Maroc. En l’absence d’Internet et par prudence, il reste parfois plusieurs jours sans contact avec Londres.


Il est servi par sa santé, au moins durant les premières années. Excellent appétit avec des exigences quantitatives et qualitatives en tout lieu et en toutes circonstances. Cigares et boissons alcoolisées à tout moment de la journée : du whisky mais aussi du champagne ( petit mystère : le champagne ne semble avoir jamais manqué). Sieste d’une heure (il se déshabille) coucher vers trois heures du matin et si possible travail au lit dans la matinée ( il fait venir ses collaborateurs dans sa chambre à coucher, s’habille devant eux ou demandent leur aide pour mettre sa robe de chambre) Médiocrement sportif, il se baigne tout de même, nu, en Floride où il a été invité par FDR. Après 42, les accidents de santé se multiplient : trois pneumonies avec une tache sur le poumon, soignées avec les premiers antibiotiques, il se remet au bout de quelques jours. Colérique, il a la larme facile et pleure dans les circonstances et les lieux les plus divers, y compris à la Chambre des Communes, où il sort un immense mouchoir blanc pour s’éponger.


Courage moral également. Après de dures épreuves personnelles (perte d’amis chers) politiques et des revers militaires, il a des passages à vide mais « tient le coup » gardant le plus souvent le sens de l’humour. Un passage à vide, néanmoins en 1944, après un excès de boissons.


Habileté et ténacité dans ses relations avec les Communes. La majorité tory continue de regretter Chamberlain. Il a l’habileté de le neutraliser en le nommant ministre, de même que son rival Halifax mis au Foreign Office avant d’être nommé ambassadeur à Washington. Durant toute la guerre, le parlementarisme britannique fonctionne. Le Premier Ministre est tenu d’informer et de rendre des comptes. En 1940, il tient les grands discours passés dans l’histoire et s’impose d’autant plus qu’il est populaire dans le pays. Après des revers militaires en 41/42, sa position devient plus difficile. Ses adversaires se situent à droite et dans l’aile gauche du parti travailliste (Aneurin Bevan), en dépit d’une fidélité absolue d’Atlee. A plusieurs reprises, il doit engager la responsabilité de son gouvernement. Il l’emporte d’autant plus facilement qu’aucun successeur n’est en en vue. Le fidèle Anthony Eden attend patiemment son tour.


Le chef de guerre (il était ministre de la Défense) est diversement apprécié. Sa vision stratégique de la guerre a été d’une exceptionnelle lucidité. Les textes écrits fin 41 à bord du Duke of York en témoignent. Il prédisait, par exemple que début 43 l’ensemble des côtes d’Afrique du Nord et du Levant « seraient entre les mains des Anglo-Américains « ce qui fut fait en mai et la fin de la guerre en 1944. En revanche, ses analyses ponctuelles sont critiquables et critiquées. C’est un partisan de l’offensive à tout prix qui tente de multiplier les opérations quel que soit le risque et le coût. Il est souvent en opposition, parfois violente (il les injurie) avec ses généraux et amiraux. Si ceux-ci sont unanimes dans la critique de ses projets, il finit par s’incliner. Ils le jugent à la fois irremplaçable et insupportable. Il est aidé dans la conduite de la guerre par le décryptage des messages secrets allemands grâce à Turing et à son équipe. Au début, il est le destinataire et le lecteur quotidien direct de ces informations, que la plupart de ces collaborateurs ignorent. Elle permet, notamment, de réduire les pertes provoquées par les sous-marins allemands.


Quelques autres géants



Le connétable insolent et querelleur ...


Le « géant » qui concerne le plus le lecteur français est Charles de Gaulle, le connétable insolent. On en parle peu dans cette biographie. En juin 40, la reconnaissance par Churchill s’explique aisément. Il est le seul dirigeant français, un simple sous-secrétaire d’état, qui soit prêt à se battre. Pour Winston, il est « l’homme du destin…le plus grand des Français depuis Clemenceau » Tous les autres sont défaitistes et convaincus que l’Angleterre sera battue dans les prochains mois. Tous les deux ont la même vision de la guerre : elle sera longue, mondiale et grâce aux armes modernes qui seront fournies par les Etats-Unis, elle sera gagnée. Peu de dirigeants étaient aussi clairvoyants au lendemain de la capitulation de la France. En septembre 40, Churchill appuie De Gaulle lors de l’expédition de Dakar mais il est déçu par le refus du général de faire tirer sur des Français. Dans la suite de l’ouvrage, le chef de la France Libre n’apparait qu’à l’occasion de conflits, souvent violents, en dépit des intervention apaisantes d’Eden, avec le Premier Ministre. De Gaulle n’est pas informé du débarquement allié en Afrique du Nord, et Churchill soutiendra successivement l’accord avec Darlan, puis avec Giraud, jugé comme « étant l’homme de la situation » De Gaulle se croirait la réincarnation de Jeanne d’Arc. Il exerce une pression directe pour que les deux généraux français se rencontrent et se serrent la main et il exprime sa satisfaction auprès de Roosevelt « Nous les avons fait vraiment tomber sous notre charme » Il écrit au roi : « J’ai bien davantage confianceen Giraud…l’insolence de Gaulle est peut-être plus fondée sur la stupidité que sur la malfaisance » Il lui interdit de faire la tournée de ses « fiefs » Apaisement à Alger en mai 1943, ils s’entendent sur les opérations à venir et les zones d’influence, au moins pour le court terme.


En 1944, la confrontation est maximale. Lors d’une querelle à propos de l’administration de la France libérée, De Gaulle traite WC de »gangster » et Winston le qualifie de « traitre » Il confie à Eden : « Je ne vais pas me disputer avec Roosevelt pour le beaux yeux de de Gaulle » La veille du débarquement, de Gaulle informé au dernier moment refuse de parler à la BBC, Winston commente : il faudra le montrer sous son jour véritable , personnalité fausse et enflée « » Il l’apostrophe en juillet : « Si vous m’obstaclerez, je vous liquiderai » Il veut rompre les relations et mettre fin au soutien matériel. En juillet, de Gaulle refuse de voir Churchill qui est à Alger et Winston se sent » gravement offensé » Le gouvernement provisoire n’est pas encore reconnu par ses alliés . Churchill craint que le futur gouvernement de la France ne soit le plus antibritannique depuis un demi-siècle. En Aout, le discours de Hôtel de Ville sur Paris libéré le remplit d’amertume (quelle ingratitude…)

Rien en revanche sur la violente querelle à propos du Liban et de la Syrie et des menaces de de Gaulle de faire la guerre à l’Angleterre…


Il y eut cependant des moments heureux. Le 11 novembre 1944, Churchill descend les Champs Elysées avec de Gaulle en présence d’une foule immense et enthousiaste. Depuis son arrivée en France, Winston pleure, voire sanglote, et Eden commente : « il aurait pu remplir des seaux avant d’être fait citoyen d’honneur de la ville de Paris » Le lendemain, il passe en revue des détachements de l’armée française dans la neige es Vosges, en compagnie de de Gaulle.


Le « bon géant », c’est Franklin Roosevelt, avec deux phases dans leurs relations. Dans la première, il s’agit de séduire le Président et de le convaincre d’entrer dans la guerre. Il lui écrit régulièrement, se rend aux Etats-Unis, met en avant sa culture américaine, lui demi américain par sa mère et utilise son art oratoire pour convaincre les membres du Congrès réunis exceptionnellement pour l’écouter. Il obtient des résultats importants : livraison de 25000 blindés dès 40, mis à disposition de plusieurs centaines de contre-torpilleurs, le prêts-bails. Mais c’est Pearl Harbour et la déclaration de guerre d’Hitler qui fait basculer les Etats-Unis.



FDR, un ami et un allié parfois encombrant.


Dans la seconde phase, FDR est le grand allié qui passe avant tous les autres (et bien sûr avant de Gaulle) mais des désaccords apparaitront progressivement. Pas au début. Il s’agit de convaincre que le combat contre l’Allemagne doit précéder celui contre le Japon et que des troupes américaines doivent venir en Europe. Il y parvient. Progressivement, la montée en puissance de la force militaire américaine place au second plan la puissance anglaise, suscitant de l’amertume de celui qui a supporté seul le choc militaire pendant plus de deux ans. Il doit accepter le commandement d’Overlord par un Américain, Eisenhower, et subir la méfiance américaine concernant l’empire britannique, dont son refus d’accorder l’indépendance aux Indes. Des différends stratégiques apparaissent. Suite aux premiers succès de l’offensive alliée en Italie, il voudrait que l’offensive se poursuive jusqu’à Vienne avec un objectif politique, empêcher la mainmise communiste sur l’Europe Centrale. Pour cela, il faut renoncer au débarquement en Provence et concentrer les forces disponibles sur le front italien. Cette vision montre la lucidité stratégique de Winston. Elle présentait un inconvénient majeur pour de Gaulle et la France ; sa libération aurait été retardée et sa première armée, qui marquait son retour significatif dans la guerre, aurait été absente lors de l’invasion de l’Allemagne et la France n’aurait pas siégé à la table des vainqueurs en mai 45. Winston rendit un hommage émouvant à son ami et allié lors d’une séance de la Chambre des Communes après son décès le 12 avril 1945.


Staline : l’allié incontournable dont il faut se méfier


Le « méchant géant » c’est Joseph Staline. Dès 1918, WC traita les dirigeants bolcheviks, Lénine et Trotski de personnages diaboliques. En 1941, il n’hésita pas une seule heure à s’allier avec le diable. Il fit le maximum d’efforts pour livrer le maximum de matériel de guerre, au détriment des forces britanniques et en dépit des pertes considérables que subit la flotte britannique en mer du Nord et le long des côtes norvégiennes. Pour faciliter l’accès à l’URSS, une opération conjointe est conduite avec succès en Iran. Prenant un risque personnel élevé, il se rendit à Téhéran, via Le Caire. Il voulait rassurer Staline qui s’impatientait du retard dans l’engagement d’un « second front » et s’inquiétait d’une éventuelle paix séparée avec l’Allemagne. Informé en 1943 du massacre par les soviétiques de plusieurs milliers d’officiers polonais à Katyn, il était sans illusions sur les pratiques de Staline. La lutte contre Hitler étant la priorité, il choisit de dissimuler avant d’abandonner le gouvernement polonais en exil à Londres.


Néanmoins, il s’est fait de illusions sur la personnalité de Staline et la possibilité d’accords durables. Après une visite à Moscou (octobre 44) il écrit à son épouse : « Plus je vois le Vieil Ours, plus je l’apprécie. Désormais, ils nous respectent et je suis sûr qu’ils souhaitent collaborer avec nous » Il est un peu artificiel d’opposer Churchill le stratège lucide à Roosevelt le naïf ignorant des réalités européennes. Il est vrai que le président américain eut la tentation d’un monde dirigé par les deux seules grandes puissances, laissant un tabouret à la Grande Bretagne. Ce qui a surtout joué, notamment à Yalta, c’est le rapport de forces sur le terrain. Le plus grand effort de guerre avait été consenti par l’URSS et ce sont ses troupes qui avaient « libéré » les pays d’Europe Centrale. A la conférence de Postdam, Winston, accompagné d’Attlee qui allait le remplacer quelques jours plus tard, a été relativement passif.


Quant à Staline, il n’avait pas oublié le dirigeant conservateur qui avait dénoncé avec la plus extrême violence le communisme et ses thuriféraires dès le début. A aucun moment, il ne lui accorde la moindre confiance, le considérant comme un voleur insatiable et le traite avec brutalité. La seule concession qu’il lui fit fut l’abandon des partisans communistes en Grèce et Churchill peut légitimement être considéré comme le sauveur de la démocratie grecque.

D’autres « diables » de moindre dimension ont suscité l’ire du Premier Ministre : Gandhi sur lequel pleuvaient en permanences des sarcasmes (au grand déplaisir de Roosevelt) et de Valera, le président de l’Irlande, qui le lendemain de la mort annoncée d’Hitler alla signer le registre de condoléances à l’ambassade d’Allemagne.


La défaite de la France (mai-juin 40)


Churchill était non seulement francophone (avec un accent inimitable) mais francophile, un peu par attachement sentimental et culturel, mais surtout par choix stratégique. Le Royaume Uni se doit d’être l’allié de la seconde puissance européenne sur le continent dans un souci d’équilibre L’intérêt de L’Angleterre en juin 40 était que la France tienne le plus longtemps possible. Contrairement à ce qu’ont affirmé des dirigeants français dépassés et impuissants, Churchill a fait de son mieux pour soutenir l’armée française : appuis de la RAF, divisions prêtes à soutenir un éventuel « réduit breton » et évacuation de troupes françaises bloquées à Dunkerque. Dès le début juin, il était clair que la grande majorité des Français ne voulait plus se battre. Le Premier britannique fit trois voyages en France pour convaincre les dirigeants français de continuer la lutte. Au château de Briare, il subit une crise de nerfs d’une femme en robe de chambre, la comtesse Hélène de Portes, la maîtresse de Paul Reynaud. Autre anecdote, des bombardiers anglais se préparaient à bombarder Milan et Turin à partir de Salon de Provence, des militaires français prévinrent la population qui se précipita sur les pistes de l’aéroport pour bloquer les avions anglais, par peur de représailles de l’Italie, notre nouvel ennemi.


Evacuation de Dunkerque en Juin 40 : un succès « technique .


Dunkerque, voulu par le nouveau Premier Ministre, fut techniquement un succès, un peu à cause de Hitler qui un temps suspendit l’offensive allemande. Si 350 000 hommes furent sauvés, l’armée anglaise avait perdu tout son matériel, la RAF 76 appareils et 236 bateaux furent perdus. Churchill estime qu’une invasion allemande au début de l’été 40 aurait été victorieuse, les avions de la Luftwaffe étant alors plus nombreux que ceux de la RAF. Depuis le 10 mai, la RAF avait perdu 1067 appareils et 1227 aviateurs.

Le fossé entre Vichy et Londres devient infranchissable après le coulage d’une partie de la flotte française à Mers El Kébir. Churchill dit que ce fut « une décision odieuse, la plus contre-nature et la plus douloureuse qui ne me soit jamais échue » »Des difficultés de communication contribuèrent au désastre.


La Bataille d’Angleterre, juin-septembre 40 Le Blitz, septembre 40- janvier 41


Le génie de Churchill dans ces mois décisifs a été de maintenir la Grande Bretagne dans la guerre et d’installer le pays dans la foi en la victoire finale sans avoir d’explication rationnelle. Il a empêché le gouvernement britannique de faire la paix avec Hitler. Le parti de la paix immédiate était puissant au Parlement chez les conservateurs et dans les élites économiques et sociales. S’y opposaient les travaillistes, le peuple britannique, plus courageux que ses élites…et Winston. Dès juin, il s’opposa à une prise de contact avec l’ambassade d’Italie à Londres en vue de demander à Hitler ses conditions. Lord Halifax, son rival que Churchill avait placé au Foreign Office , revint plusieurs fois à la charge. Il interdit tout contact. La décision était sage. Il est plausible en-effet que les conditions posées par Hitler n’auraient pas été léonines, son objectif premier étant l’installation d’un lebensraum à l’est pour le peuple aryen, la destruction du communisme et sa haine raciale n’incluait pas les anglo-saxons. Il fallait qu’il combatte sur un seul front. Il aurait demandé la neutralisation de la flotte et l’Italie aurait réclamé quelques colonies en Afrique. Rien d’insupportable à court-terme, mais l’on sait ce que Hitler fait des traités.

Les bombardements de jour commencent début juillet, les Allemands ciblant principalement les usines. L’invasion est proche. Winston annonce « nous défendrons chaque village, chaque bourgade, chaque ville…Nous aimerions mieux voir Londres réduite en ruines et en cendres que de la voir mise en esclavage, docile et abjecte. » L’opinion approuve et l’assurance qu’il n’y aurait pas de négociation de paix ut jugée « bienvenue et réconfortante »

La RAF fait des miracles et Winston fait son éloge : « Jamais dans l’histoire des conflits, autant d’hommes n’ont dû à aussi peu d’entre eux » Entre le 24 août et le 6 septembre, la Luftwaffe exécute mille sorties au- dessus de la Grande Bretagne, perd 213appareils et 154 pilotes. Le dimanche 15 septembre vit le dernier raid aérien massif de jour après une bataille gigantesque dans le ciel du sud-est de l’Angleterre. Cinquante- six avions allemands furent abattu et le surlendemain, Hitler remettait à plus tard l’invasion de l’Angleterre. Les bombardements intensifs de nuit continuent et 544 personnes sont tuées à Coventry. Churchill se rend constamment dans les zones bombardes pour remonter le moral des habitants.


Suite à l’invasion de la Grèce par l’Italie, Churchill décide d’intervenir. Comme la campagne de Norvège, l’opération, « un acte de chevalerie » fut une erreur couteuse. La lutte s’étend à la Lybie contre les Italiens.


Janvier41- Juin 41 Un combat encore solitaire


Si la période du blitz est connue, celle qui suit l’est moins, au moins des Français. La Grande Bretagne subit des revers. En février 41, la situation est bouleversée par l’arrivée à Tripoli de Rommel (un grand soldat selon Churchill) et de l’Afrika Korps, qui mène une offensive victorieuse et atteint Tobrouk, qui finalement sera pris. La bataille de l’Atlantique est couteuse, les pertes en navires coulés sont de 10% par convoi. Les pertes en Méditerranée sont aussi élevées, notamment lors de l’évacuation de la Crète (3 croiseurs, 6 contre-torpilleurs)


Le 4 juin 41, l’URSS est envahie. L’adversaire le plus constant du communisme déclare immédiatement « Le passé avec ses crimes, ses folies et ses tragédies, s’envole en un éclair »

Juin 41- Juin 42 Un nouvel ennemi, le Japon et des revers


En décembre, après Pearl-Harbour, la Grande – Bretagne est en guerre contre le Japon. Churchill a gravement sous-estimé le sérieux et l’efficacité de la machine de guerre japonaise. L’Angleterre est sur la défensive et perd de nombreuses colonies, dont la Malaisie, la Birmanie et Singapour, défendu pourtant par 130 000 hommes. Les Indes sont menacées. En Asie, comme en Méditerranée, les troupes des dominions représentent une part très importante de l’armée de terre, une vingtaine de divisions, mais Churchill n’associe guère leurs dirigeants à la conduite de la guerre, en dépit du mécontentement des Australiens.


En fin d’année, premiers succès contre Rommel qui est obligé de reculer ( 30 000 hommes hors de combat)

En janvier 42, Anglais, Américains et Russes souscrivent à la Charte de l’Atlantique. L’auteur de la formule « Nations-Unies » est Winston qui l’a emprunté à Byron :

« Ici, les Nations Unies tirèrent le glaive
Nos compatriotes guerroyaient le même jour »

L’année 42 ne sera pas l’année décisive. Il lui faut convaincre que les Américains que le grand assaut anglo-américain à travers la Manche prévu pour 1943 doit être différé. La Luftwaffe a encore la maîtrise des airs, les pertes de bateaux restent considérables et les Alliés n’ont pas assez de péniches de débarquement. Juin 42 est le pire mois de la guerre en ce qui concerne la perte de navires marchands (175) Le préalable, ce sont des victoires décisives en Méditerranée et dans l’Atlantique. Le désastre du coup de main sur Dieppe renforce son analyse.


Winston traverse une passe difficile. Le taux de satisfaction des Anglais baisse et le Parlement s’interroge, alors que le Premier Ministre tient des propos pessimistes.

Juin 42 – Juin 44 Victoires dans le désert et en Méditerranée


Bataille d’El Alamein : la première victoire dans le désert.

Fin juin, c’est la victoire d’El Alamein, à 110 km d’Alexandrie, suscitant la phrase fameuse : « Ce n’est pas la fin, ce n’est même pas le début de la fin, mais c’est peut-être la fin du début »

Le 8 novembre, plus de 100 000 soldats des armées britanniques et américaines partent à l’assaut des rives d’Afrique du Nord en trois endroits.

En septembre 43, l’Italie capitule. En janvier 44, les débarquements débutent sur la côte ouest de l’Italie, une opération voulue personnellement par Churchill.

Juin 44- Juillet 45 Libération, Victoire et Défaite

Le 6 juin 44, à midi, il annonce aux Communes la chute de Rome et ajoute que le débarquement a eu lieu.


En juin 45, le candidat premier ministre, physiquement épuisé, prédit que « tous les jeunes actuellement sous les drapeaux allaient vote contre lui » La prévision était exacte. Les électeurs des forces armées votèrent travailliste dans l’espoir d’obtenir l’Etat- providence que le rapport Beveridge avait promis en 1942. Le parti travailliste était en harmonie avec l’éthique du temps de guerre fondé sur l’égalité et le partage équitable. Ses dirigeants, Atlee, Bevin, Cripps… étaient bien connus de l’électorat grâce à leur rôle important durant la guerre et inspiraient confiance. Ce fut un raz de marée, le parti travailliste obtint beaucoup plus que la majorité absolue des sièges. Le soir même des résultats, Churchill présenta sa démission au Palais. Quelques mois plus tard, il reconnait que s’il avait remporté les élections, il serait mort.


1951-55 PM à nouveau


En octobre 51, à presque 77 ans, il redevient Premier Ministre. Il est en bonne santé mais est atteint de surdité. Il confie qu’il a l’intention de ne rester Premier Ministre qu’un an avant de céder la place à Eden. Il veut juste rétablir la relation étroite avec les Etats-Unis et restaurer des libertés érodées. Il n’en fera rien, s’accrochant au pouvoir et finissant par haïr son dauphin. Quitter ses fonctions lui était intolérable. Il ne quittera Downing Street que le 6 Avril 1955.

Il mourut le jour de l’anniversaire de son père, comme il l’avait prévu, le 24 Janvier 1965.


Comme l’écrit Rhodes James, l’homme était multiple :

« Homme politique, sportif, artiste, orateur, historien, parlementaire, journaliste, joueur de casino, soldat, correspondant de guerre, aventurier, patriote, internationaliste, rêveur, pragmatique, stratège, sioniste, impérialiste, monarchiste, hédonique, romantique »

Pierre-Yves Cossé


Avril 2021

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