• pierre-yves cossé

Vacciné !



Né en 1934, je suis un « prioritaire » après les EPHAD et le personnel médical. Mes quelques tentatives de prise de RDV dans Paris intra muros ont échoué. Il est vrai que pour les 150 000 habitants du 15è, seuls deux centres sont ouverts : l’Institut Pasteur (l’inventeur de vaccins ne doit plus reconnaitre son pays) et la Mairie.


(hôpital Cash de Nanterre)


Deus Ex Machina, un appel de mon fils ainé :


- Papa, je t’ai pris un RDV pour demain 9h 40

- Je n’y crois pas, tu galèges…

- Mais si, j’ai déjà casé ma belle -mère (cette dame a un gendre parfait)

- Bon, et où ça ?

- A l’hôpital CASH de Nanterre

- Cash, Cash, ce n’est pas un nom pour un hôpital, ça n’existe pas

- Si si, CASH, c’est le sigle de centre d’accueil et de soins hospitaliers, il est tout au bout de Nanterre, pas loin de la Seine. Regarde ton iPhone.

- Exact, j’ai reçu une convocation de Doctolib. Mais, je vais me perdre dans cette banlieue et ne serai pas à l’heure

- T’inquiète, je passerai dans le 15 è et nous irons ensemble

- Bravo et Merci. Sans indiscrétion, comment as -tu fait ?

- Si, c’est indiscret, après de nombreuses manipulations, j’ai trouvé la faille. Cela marchera.


Ce matin, à 8 h30, nous sommes dans ma petite Clio. Il pleut et partout des bouchons. Serons-nous à l’heure ? Cela se dégage progressivement à partir de l’Avenue de la Grande Armée et grâce au GPS, nous arrivons cinq minutes avant l’heure.

La Clio peut entrer, il est vrai que l’hôpital s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares. L’espace ne manquait pas à la fin du second empire, lors de la construction, aux limites du bourg de Nanterre. L’éloignement s’explique. Jusqu’en 1900, ce fut une maison d’arrêt et de répression de la mendicité qui accueillit jusqu’à 5000 pensionnaires. C’est aujourd’hui un ensemble de bâtiments hétéroclites, les plus anciens sont de faible hauteur et les récents plus élevés. Des travaux sont en cours.


Le centre de vaccination est clairement indiqué dès l’entrée et l’on y accède sans se perdre. Dès l’entrée, un bouchon. J’entre quand même, ne respectant pas les distances mais ne voulant pas attraper la crève sous la pluie. Un groupe d’une dizaine de personnes attendent de bout. Après une dizaine de minutes, au plus, elles sont conduites devant des petites tables et peuvent s’asseoir. Une secrétaire médicale les prend en charge, demande si vous appartenez à la catégorie « personnel médical » ou à celle des « plus de 75 ans » Visiblement, les vieux sont les plus nombreux. A partir de votre carte d’identité et votre carte Vitale, elle établit votre dossier et vous remet un questionnaire que vous allez remplir dans une partie de la grande salle, équipée de tables et de sièges. Le lieu n’est pas de première fraîcheur mais il est bien éclairé, aménagé de façon fonctionnelle et le personnel est courtois, efficace et surtout patient, répondant sans se lasser aux mêmes questions posées par les mêmes.


Commence une période d’attente confuse et indéterminée. Dans les quatre « Box » prévus pour la vaccination, aucun signe d’activité. Des bruits sombres circulent : le vaccin ou les aiguilles n’ont pas été fournies, à moins que ce soient les médecins qui aient quitté trop tard leur lit. Les candidats au vaccin se multiplient et ne savent plus bien où s’installer. Mon fils entretient le stress en murmurant que de toute manière, il n’y aura du vaccin que pour une heure ou deux.


Au bout d’une heure, les candidats reprennent espoir, cela s’agite dans les « box » et autour. Le personnel remet de l’ordre dans les queues. La vaccination commence. Je suis reçu par une praticienne expérimentée de l’hôpital, aux cheveux blancs, qui m’interroge à propos des réponses faites au questionnaire. Visiblement, elle n’aime pas les anti-coagulants. L’entretien est court mais il lui faut remplir plusieurs documents. Puis, je suis conduit dans un autre box où se tient le « piqueur » C’est un infirmier, qui, lui-aussi doit remplir des papiers. En France, on ne sait peut-être plus inventer un vaccin mais on sait remplir des formulaires. La vaccination, faite avec une aiguille, est comparable à une vaccination antigrippe, même si elle est intramusculaire et non sous-cutanée.

Un quart d’heure de repos obligatoire est prévu. J’essaie d’y échapper pour aller m’inscrire en vue de la seconde vaccination. Je suis rappelé à l’ordre. C’est mon fils qui fera la démarche, après m’avoir pris en photo sur laquelle, je lève le bras pour le V de la Victoire.



(Vacciné!)


Il est un peu plus de 11 h, quand nous nous retrouvons à l’air libre. La pluie a cessé. Je rends hommage au personnel de l’hôpital, qui, lui, fait son job. Une heure de retard pour un processus qui en est à sa seconde journée, c’est une performance que l’on peut saluer.

Seconde séance, mi-février



Pierre-Yves Cossé



19 Janvier 2021



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