• pierre-yves cossé

UN ELECTRON LIBRE...


(François Bayrou, le nouveau haut commissaire.)


Au cœur de la crise, le Président de la République indique que plus rien ne sera comme avant, que la dictature du court terme n’est plus de mise et il utilise le mot « Plan » à plusieurs reprises. Il fait circuler le nom d’une personnalité de premier plan, un proche, François Bayrou, comme le futur Haut- Commissaire au Plan. L’intéressé indique que l’annonce de la création de ce haut-commissariat ne peut se faire dans les chaleurs de Juillet et qu’elle interviendra au moment de la rentrée politique lors de l’explicitation de la politique économique du gouvernement. Il précise que le Haut-Commissariat sera directement rattaché au Président de la République.


Le 2 Septembre, François Bayrou est nommé par décret pris en conseil des ministres. La veille, avait été publié un premier et laconique décret, qui ne crée nullement un Haut – commissariat mais uniquement le poste de Haut-Commissaire. Il aura pour mission « d’assumer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective pour le compte de l’Etat et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels. Pour ce faire, il dispose du concours de France- Stratégie et la gestion administrative est rattachée au Premier Ministre.

Si l’on se fie aux textes, l’opération « renaissance du Plan » s’est rétrécie en « peau de chagrin » devenant une opération autour d’un homme. Le Haut- Commissaire ne dirigera pas un service ou une agence de planification. France- Stratégie, seulement mis à disposition, reste sous les ordres de son commissaire général et répondra aux demandes de prestations émanant du Haut-Commissaire. Ce Haut- Commissaire n’est pas chargé de façon explicite de coordonner les différent organismes publics (conseil d’analyse économique, conseil d’orientation des retraites, conseil d’orientation de l’emploi et autres Haut Conseils) réalisant des travaux sur le long-terme et des études prospectives, alors qu’une vision d’ensemble et une mise en place d’un réseau cohérent eut été un progrès certain. Aucune mission spécifique ne lui est confiée. Rien n’est dit sur la nécessaire concertation. Il pourra seulement se payer quelques collaborateurs et des études.


Plusieurs raisons peuvent expliquer ce dégonflement en aussi peu de temps. Le Premier Ministre n’avait aucune envie d’avoir une sorte de « vice- premier ministre » en liaison directe et permanente avec le Président de la République, d’où la délimitation vague et restrictive des attributions et des moyens ; il a été aidé par le Secrétariat Général du Gouvernement qui a exclu un rattachement direct au Président de la République, incompatible avec la Constitution. Le Maire de Pau, lui-même, n’a pas voulu assurer des tâches de gestion, et il ne consacrera que deux jours par semaine, selon ses dire, à cette fonction de Haut- Commissaire non rémunérée (à sa demande). Ce recul cache une évidente carence intellectuelle : ni le président, ni les ministres n’ont réfléchi sérieusement aux moyens concrets d’une mise en cohérence du court-terme et du long-terme.


(François Bayrou et Emmanuel Macron: deux intimes.)


Il existait pourtant un cadre qui aurait pu être exploité, celui de France-Stratégie avec le décret du 22 Avril 2013, portant création du Commissariat Général à la Stratégie et à la prospective, qui n’est pas sans mérites. Il suffisait de quelques modifications : ajouter le mot « planification » qui avait fait peur à François Hollande(!), renforcer les fonctions, déjà existantes mais peu assumées, de « tête de réseau » de tous les organismes impliqués dans la prospective et le long terme (y compris l’écologie). Le Haut -Commissaire aurait été une sorte de « président » de France-Stratégie, et d’un Haut- Conseil réunissant tous les Présidents de ces organismes.

Le dégonflement n’est pas seulement dans les textes mais dans les faits. La nomination du Haut-Commissaire, lors du conseil des ministres qui approuvait un Plan de relance à cent milliards est passée inaperçue, d’autant qu’aucune précision n’était donnée sur les missions du Haut-Commissaire. Comment les Français pourraient-ils comprendre que l’on rétablit le Commissariat au Plan de Jean Monnet, alors que le Haut- Commissaire n’est nullement impliqué dans « France-Relance « qui ne se limite nullement à la conjoncture et au court-terme (CF/ Un hybride/Fragment 272). Le Président l’a présenté comme un « plan de modernisation » dessinant la France de 2030. Une grande partie des mesures ont un caractère structurel et n’auront d’effets qu’à moyen terme, voire plus : « transition écologique et biodiversité » « souveraineté technologique et industrielle (les relocalisations)


(Le commissariat général à la stratégie et à la prospective)


Ce qui est sûr, c’est que le nouveau Haut-Commissaire au Plan ne fera pas de plan. Cette appellation, qui est un des écueils mentionnés dans ma lettre ouverte, s’explique par une volonté de se référer à Jean Monnet. Rappelons que Monnet, « l’organisateur à la Saint Simon » avait été incité à préparer un plan de reconstruction par le gouvernement américain, dont il était proche, pour fournir un cadre à l’aide Marshall. En 2020, Monnet, le pragmatique, inventerait tout autre chose. Donner l’impression que l’on va s’inspirer du modèle Monnet est une impasse. La planification stratégique est un tout autre execice.


(Jean Monnet: une référence morale.)

D’ici la fin de la mandature, une nouvelle préparation du long terme et la recherche d’une vision cohérente acceptée par le plus grand nombre sont exclues. Pourtant le plan de relance montre les limites d’une improvisation pour préparer le pays à des changements structurels. Un dispositf incluant des scénarios, des études, une concertation aurait été un plus. Il est vrai qu’il ne s’improvise pas.


Le nouveau Haut- Commissaire, qui dispose de son autorité politique, de ses liens avec le Président de la République et de quelque moyen financier pourrait se saisir de quelques problèmes horizontaux, du type « avenir du travail » « vieillissement » « mobilité des hommes et des activités » sûrement pas une trentaine, comme il le dit. Il combinerait prospective technologique économique et sociale, débats ouverts, et orientations pour les pouvoirs publics, les acteurs économiques et sociaux. Il sera un électron libre.


Pierre-Yves Cossé


15 Septembre 2020

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