• pierre-yves cossé

Trumpisme et Populisme


Politiquement, Trump est moribond. Certes, il peut nuire encore, retarder le processus institutionnel par la multiplication des recours devant les juges, entretenir l’agitation par des meetings bruyants et incantatoires, compliquer la tâche du nouveau président par des initiatives provocantes d’ici le 20 Janvier. Il ne pourra combler le déficit de légitimité qui va réduire de jour ses marges de manœuvre.


le Parti Républicain va prendre de la distance


La grande majorité du parti républicain, vainqueur relatif des élections au congrès n’a pas intérêt à se compromettre dans des pratiques à la limite de la légalité et va prendre de la distance. Les juges, en majorité de droite, hésiteront à bafouer le vote populaire et à inventer de nouvelles jurisprudences incompatibles avec les principes constitutionnels, y compris les juges de la Cour Suprême. La grande majorité des fonctionnaires fédéraux chercheront à gagner du temps, à freiner, voire à bloquer les décisions du président en sursis, prises uniquement dans le but de gêner son successeur. Ils seront plus sensibles à la pression exercée par les médias, devenus presque tous légitimistes, n’hésitant pas à couper les interventions télévisées de Trump, qu’à ses tweets et aux fake news des réseaux sociaux.


Une Résurrection improbable


Une résurrection politique après le 20 Janvier relève du miracle. Donald Trump, lui-même, ne semble pas y croire : Que vais-je faire ...J’ai perdu face au pire candidat de l’histoire de la politique…Je ne vais pas me sentir bien » Le loser sera occupé par sa défense devant les tribunaux, pour au moins deux affaires, viol et fraude fiscale. Il sera encore plus occupé par la gestion d’un empire fissuré du fait d’un très fort endettement (selon le New York Times). L’éventualité d’une candidature à la présidentielle de 2024 est improbable. Deux obstacles sont difficiles à contourner : l’âge-il aurait 82 ans à la fin du mandat- et le ralliement du parti républicain, - la création d’un troisième parti à l’échelle nationale étant une entreprise risquée et coûteuse.


Le « populo- trumpisme » se porte bien


Si l’homme politique est moribond, le trumpisme, lui, se porte bien. Les taches rouges sur la carte des Etats-Unis impressionnent, géographiquement, le trumpisme est majoritaire. L’augmentation du nombre des votants par rapport à celui de 2016 est tout aussi impressionnant. Cette poussée n’est pas due seulement au dynamisme et à une capacité de communication exceptionnelle d’un homme. Son élection a révélé des pathologies dans la société américaine et a donné une dimension nouvelle à un populisme latent préexistant. La dénonciation de la classe politique et des experts, le refus de la recomposition du monde et avant tout de la montée de la Chine, le repli sur le continent américain et sur des intérêts strictement nationaux, sont des phénomènes durables que Jo Biden ne pourra ignorer. Ce populisme n’est pas seulement américain, c’est un mal répandu dans un grand nombre de pays développés où la population est frustrée par une nouvelle redistribution des richesses dans le monde, la désindustrialisation et la croissance des inégalités.


Des « Amis » abattus mais résistants


L’effacement de l’homme politique affaiblit la position de ses alliés dans le monde mais il ne fera disparaitre ni le « populo-trumpisme » ni ses leaders. Donald restera un modèle dans ses pires errements : recours systématique au mensonge, aux insultes, aux fake-news, refus de la cohérence, indifférence aux réactions de l’opinion international. Ces pratiques ont assuré son succès relatif. Faire preuve d’un peu plus de modération et limiter les excès, en tenant compte de l’environnement politique propre à chaque pays sera suffisant. De plus, la continuité probable de la politique extérieure dans de nombreux domaines, liée à des intérêts permanents de grande puissance, facilitera les adaptations nécessaires et sera aisément supporté par les admirateurs zélés du président battu.


Boris Johnson : le meilleur ami selon Londres


Boris Johnson, le « meilleur ami » selon le gouvernement britannique devra seulement faire le gros dos quelques mois et les relations reprendront leur cours, même si elles seront un peu moins « spéciales ». Un autre grand ami, Netanyahou a déjà rappelé qu’il entretenait des relations excellentes avec Jo Biden, le parti démocrate étant traditionnellement le pari des juifs américains.


Kaczinski, le leader populiste polonais soutenu par l’Eglise


Il est peu probable que les Etats- Unis retirent des troupes de Pologne, même si leurs dirigeants populistes ont fait pratiquement la campagne de Trump. Victor Orban, ne sera pas plus menacé que le leader polonais, mais tous deux seront plus isolés. Le sultan ottoman, Erdogan et ses excès, pourra toujours compter sur la bienveillance américaine, la présence turque dans l’OTAN servant les intérêts des Etats- Unis, tant qu’il tient tête à un autre grand leader populiste, Poutine.


Le cas Bolsonaro


Bolsonaro, l’orphelin


Reste un autre « meilleur ami », également amoureux des tweets, le « Trump des Tropiques », Jaid Bolsonaro, l’orphelin qui n’a pas encore félicité Jo Biden. Il est vrai que le canddat démocrate avait évoqué des sanctions à propos des déforestations en Amazonie. Le propos avait été jugé « désastreux » par le présidnent climato-sceptique qui avait twitté : « Quelle honte ». Le contexte lui est défavorable : une situation économique dégradée et un Covide, dont il a nié la gravité comme Trump et qui a tué 163 000 brésiliens, plaçant le pays au second rang dans le monde.


Touché, mais pas coulé. Le président brésilien a l’appui de la puissante armée brésilienne et l’opposition est divisée, au Congrès comme dans le pays. Le chaos ou sa menace est fréquent dans la vie politique du Brésil. Il peut être durable.




Pierre- Yves Cossé



9 Novembre 2020

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