• pierre-yves cossé

Quand un lauréat de la médaille Fields passe un examen.

Mis à jour : mars 12



Les Fondations Terra Nova et Fondapol soumettent à un examen oral les candidats principaux à la Mairie de Paris. Le lieu d’examen est le Pavillon de l’Elysée, dans une salle d’une centaine de personnes. Il est possible pour les invités de goûter à un petit-déjeuner léger mais raffiné (les fondations-en principe désargentées-ont encore quelques sous) avant d’écouter les orateurs L’examen comprend deux parties : un exposé par le candidat de quinze minutes, puis des réponses pendant trente minutes à des questions posées par les présidents des deux fondations, des experts qui interrogent uniquement sur le programme et excluent les questions politiciennes qui encombrent les médias.


Ce matin-là, le premier examiné est Cédric Villani. L’image est celle d’un candidat « normal » chevelure assagie, costume classique bleu, col ouvert. Feu, le professeur Nimbus, Vive Monsieur le Maire. Sans être un orateur, Cédric Villani se fait entendre. Il parle clairement, sans faire d’éclats ni bredouiller. Il est meilleur dans les réponses aux questions, car il montre une maîtrise du sujet et une capacité d’approfondissement lorsque l’interrogateur revient sur la question posée.


L’exposé liminaire est trop court pour que les sujets puissent être traités dans toute leur ampleur. L’intervention a un caractère général et laisse l’auditeur sur sa faim. Quatre orientations majeures sont présentées. La plus convaincante est la rénovation démocratique : tirage au sort de 10% des candidats, mise en place d’une assemblée consultative (l’agora) composée de citoyens tirés au sort, d’experts et de présidents d’association qui pourrait faire inscrire des questions à l’ordre du jour du Conseil Municipal, organisation de débats publics, usage du référendum. Le « Grand Débat » a montré l’intérêt des citoyens pour le politique. A terme, la consultation citoyenne est gage d’efficacité. La décentralisation de pouvoirs au profit des arrondissements, y compris dans le domaine de l’urbanisme (la Tour Triangle dans le quinzième) est justement proposée, mais elle passe par la loi.





L’orientation la plus originale et malheureusement la moins convaincante est l’agrandissement de Paris. Le diagnostic est sévère mais juste. Paris ne peut rester dans son isolement et le bilan de la maire sortante est négatif, la coordination avec les autres collectivités a reculé. De nombreux problèmes ne peuvent trouver leur solution dans le cadre géographique et administratif actuel, logement, transport, pollution. L’inclusion des communes de la « petite couronne » est nécessaire, tout en sauvegardant leur « identité culturelle » Cédric Villani indique qu’il a échangé avec plusieurs maires sans préciser les résultats de ces conversations. Son rappel du dernier agrandissement de Paris sous le Second Empire montre qu’il est parfaitement conscient des difficultés. Il a fallu que Napoléon III mette fin aux querelles et impose son arbitrage pour que l’opération se fasse. L’ex- député de la majorité aurait pu rappeler qu’Emmanuel Macron repousse la désision promise sur le « Grand Paris » depuis le début de son quinquennat. Aura-t-il l’autorité nécessaire pour trancher sur des problèmes extrêmement complexes et politiquement explosifs avant 2022, alors que sont programmées des élections régionales et départementales ?

Une orientation, à laquelle tient beaucoup le candidat, est l’écologie. Il se considère comme le candidat le plus écologiste, qui lie lutte contre les inégalités et transition écologique. Il annonce un programme d’investissements de cinq milliards, ce qui correspondrait à un doublement de l’effort. La répartition des investissements comme l’ordre de leur réalisation n’a pas été précisé, le candidat affirmant seulement qu’un travail très complet a été fait. Sont mentionnés les transports en commun et autres formes de mobilité, dont le vélo, un plan de circulation intermodal, plus de parkings souterrains pour libérer de l’espace, les espaces verts et les « grandes promenades » à travers Paris, la rénovation thermique (doubler le nombre annuel des logements rénovés) Le scientifique insiste sur le rôle des nouvelles technologies dans ces transformations et mentionne la mécanisation du nettoiement, qui serait déconcentré, et…l’hydrogène.


L’Education et la Culture occupent une place importante et traditionnelle dans le développement de la capitale. Le patrimoine doit être protégé. Aucune proposition spectaculaire n’est avancée.

Pour assurer la sécurité au quotidien, il faut une police municipale importante, 4500 agents, dont la moitié avec armes.


S’agissant du logement social, un effort particulier sera consenti au profit des exclus.

Les aspects financiers n’apparaissent que lorsque Dominique Reynié, le président de Fondapol interroge le candidat, en rappelant que la ville est lourdement endettée et que l’augmentation des impôts a été rapide et forte ces dernières années. Le mathématicien est discret sur les chiffres et les comptes. Sur les dépenses, on comprend que certains actifs seront cédés (lesquels ?) et que les effectifs (55 000) agents baisseraient de 1% par an, grâce notamment à l’automatisation de certaines tâches et aux gains de productivité. Des baisses d’impôts ne sont pas prévues. A la fin de la mandature, la dette serait stabilisée. Pour en savoir plus, s’adresser à son futur adjoint aux Finances.


Le sérieux du candidat et de son programme est incontestable. Pour autant, l’ensemble est-il convaincant ? Deux points passent mal. Agrandir Paris n’est pas de la compétence de son maire et à une époque où l’individualisme municipal prospère un grand chambardement est improbable. En dehors de quelques cas de fusions, il serait plus réaliste de penser à des mécanismes de coopération renforcée là où le besoin est le plus urgent. Le second point est paradoxalement l’écologie. Tous les candidats ou presque (Rachida Dati) ont un programme écologique et dissertent sur les transports en commun, le vélo, les espaces verts, la rénovation thermique. Certains sont sûrement plus fiables et réalistes que d’autres sur le plan technique ou financier. Est-ce celui de Cédric Villani. Il faut une analyse détaillée et comparative pour le savoir ?


Un des prochains examinés aurait du être Benjamin Grivaux. Je ne sais si Agnès Buzyn sa remplaçante, avec qui il serait urgent qu’il fasse alliance, sera disponible pour l’exercice. Sur le premier, deux exclamations.



Quelle imprudence !


Un ado de 17 ans sait que toute image envoyée sur la toile, même si elle est destinée à être détruite au bout de quelques minutes, peut être diffusée et donner lieu à chantage. Un adulte, ministre en exercice, qui prend ce risque, se disqualifie. S’il fait preuve d’une telle légèreté dans la conduite de ses affaires personnelle, comment lui faire confiance pour la conduite des affaires publiques ? La légèreté est contagieuse. Une proposition comme la transformation d’une gare parisienne en Central Park est révélatrice d’une légèreté sans frontières.


Quelle hypocrisie !


Benjamin Grivaux est un libertin, genre fort répandu, notamment dans le monde politique, un cas récent et illustre étant Dominique Strauss- Kahn, son premier mentor en politique. Un comportement cohérent, dans ce genre de situation est de tenir sa famille en dehors de ses activités politiques. Contrairement à d’autres candidats beaucoup plus discrets, il s’est présenté comme le héraut de la famille modèle en compagnie de son épouse et de ses enfants.


Sur ce point, l’accusation de Piotr Pawlenski sonne juste...


Pierre-Yves Cossé


20 Février 2020



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