• pierre-yves cossé

MAHARADJA , ESPACE, MAISONS CLOSES

Mis à jour : 12 nov. 2019


MODERNE MAHARADJA,

MECENE DES AVANT-GARDE

Musée des Arts Décoratifs


Dans l’Inde britannique, six-cents maharadjas jouaient aux souverains. Ils avaient perdu le pouvoir politique au profit des Anglais mais conservé leurs terres et leurs fortunes. Elevés dans les écoles et universités britanniques, leur culture était double, occidentale en Europe, indienne en Asie. Dans l’Etat d’Indore (500 km de Bombay), Rao Holkar Bahadur II (1908-61) succéda à son père qui avait abdiqué. A Oxford, le futur maharadja eut un précepteur francophone qui le mit en relations avec l’avant-garde artistique européenne. Il devint progressivement un commanditaire d’œuvres de l’entre- deux guerres. Il demanda à un architecte berlinois, Eckart Muthesius, qui appartenait à l’école du Bauhaus, le Palais Manik-Bag, construit en moins de trois ans (1931-33)

Ses séjours parisiens étaient fréquents et ses relations avec le Tout Paris nourries.


À l’occidentale



À l’indienne



Cette aventure est présentée aux Arts Décoratifs. L’extérieur et l’intérieur du Palais sont montrés sous forme de photos panoramiques. L’architecture est de style art-déco ou presque : formes géométriques, faible hauteur, fenêtres allongées, utilisation du verre. Dans l’aménagement des grandes pièces intérieures, une grande place est faite au métal (tubes) au cuir et aux couleurs vives. Meubles et agencements ont été commandés à des artistes et artisans européens, dont beaucoup sont français, Charlotte Périand (chaise longue) Ruhlmann (fauteuils) l’Ecossais Mackintosh, par exemple. Sur les murs, sont accrochées des toiles de l’époque (Le Corbusier) et des appliques électriques en métal. Beaucoup de petits objets, qui sont exposés, ont été sélectionnés personnellement par le maharadja et sa première épouse, la maharani : lampes métalliques, miroirs, plateaux de Clément Naudy, vaisselle (céramique de Jean Luce) couverts (Puiforcat) tapis. Il choisissait également les bijoux de son épouse (Van Cleef, Mauboussin) Dans sa grande salle à manger, les repas étaient servis à l’européenne, en présence d’invités étrangers. Sa modernité allait jusqu’à collectionner des disques et aimer le jazz, qu’il faisait jouer dans un salon de musique, toujours style art déco.

Les photographies d’époque, dont celles de Man Ray, sont nombreuses.

Il est vrai que Muthesius traditionnelles animées par des éléphants, des chevaux, de nombreux serviteurs et une fanfare très britannique. Des photos représentent le maharadja et son épouse, de pied en cap, soit en tenue de soirée à l’européenne, soit en tenue indienne.

Le même Muthesius lui aménage un train (locomotive et wagon) un avion et lui fit un plan pour une péniche.

A l’approche de la guerre, l’architecte rentre à Berlin. En 1947, les maharadjas sont tenus d’adhérer à l’Union Indienne de Nehru. En 1985, le contenu du Palais est vendu pour le plaisir des collectionneurs.


Videra Da Silva (1908-92)

Galerie Jeanne Bucher Jaeger -Marais



LA SCALA OU LES YEUX


Un des thèmes centraux de cette portugaise qui choisit la nationalité française est l’exploration de l’espace et notamment des villes, Lisbonne, New- York.

Les lignes se croisent et se recroisent formant des réseaux complexes., des sortes de labyrinthe. L’œil n’est pas enfermé dans le labyrinthe, il vagabonde et est immanquablement attiré par des points de lumière, des fenêtres lumineuses. Les œuvres de Viera peuvent être considérées à la fois comme de la peinture abstraite et géométrique. C’est surtout une peinture poétique et musicale qui incite au voyage et à une écoute silencieuse.

Le surréalisme n’est pas loin dans La Scala ou les yeux (1937), et encore plus dans Le jeu de cartes peint la même année. La Composition aux damiers bleus (1949) est une superbe gouache avec une prédominance de touches de cobalt. Ma préférence va aux représentations de Lisbonne, soit complètement abstraite la nuit, une éclaboussure de traits lumineux soit plus figurative, le port.



Lisbonne, la nuit




TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901)

Grand Palais.



TL peint par Vuillard


Grande exposition d’hiver, le public se presse au Grand Palais, ainsi que de nombreux conférenciers, pour humer une odeur de scandale dans un cadre élégant, celle qui flotte autour de Toulouse-Lautrec.

Plus de cent ans après sa mort, l’homme tout autant que l’œuvre fascine encore, même si elle a cessé de scandaliser. Le comte Henri, albigeois, descendant d’une très grande famille, est un nain (1,51 m) avec un grand torse et de petites jambes et il boite. Dès l’adolescence, il est exhibitionniste, aimant se déguiser, se baigner nu et se moquant de son infirmité. Méprisant les hiérarchies et contingences sociales, il fréquentera tous les milieux sociaux, en sympathie naturelle avec le peuple et en particulier avec les femmes. Il ne juge ni les riches et parvenus ni les prostituées. Il les montre dans leur vie quotidienne, tels qu’il les voit. Buvant chaque jour un mélange d’absinthe et de cognac, il mourra, alcoolique et syphilitique, à 36 ans. Ses parents l’aidèrent, chacun à leur manière. La comtesse, dont il fit le portrait, l’accompagna autant qu’elle le put. Les œuvres qu’elle avait conservées (malheureusement pas les dessins d’enfants) et les affiches sont la richesse principale du Musée d’Albi, installé dans le beau palais de la Berbie.

Le plus connu de l’œuvre, c’est la partie longtemps jugée provocante ou vulgaire, les prostituées, les cabarets de la Belle Epoque où l’on s’encanaille et les affiches publicitaires. Autre élément qui le rapproche du public actuel : sa modernité. Pas de sujets d’histoire, peu de paysages, mais le mouvement, les salles de spectacle (danse, théâtre, cirque) les sports nouveaux (auto, vélo) les lumières artificielles, le théâtre du monde. Sa diversité est également appréciée, diversité des supports (toile, carton, bois) et des techniques (dessins, gouaches, huiles, lithographies de grande qualité, affiches)



SUZANNE VALADON, sa maitresse (probablement)


La première salle est consacrée à des portraits, remarquables par la finesse d’analyse psychologiques, où le décor a peu d’importance. Quelques hommes et beaucoup de femmes, un nu, la belle Suzanne Valadon, dont il fut l’amant avant bien d’autres et son modèle, la rousse Carmen, peinte et repeinte dans toutes les positions. On l’appelle « l’impressionniste du petit boulevard ».



CARMEN, la Rousse


Son goût des femmes, il le manifeste encore dans sa superbe suite de lithographies (1896) Elles.

L’album a peu de succès. Il n’est pas assez érotique. Pas plus érotiques sont les pensionnaires des maisons closes, où il s’est installé, dans la vérité crue de leur quotidien. Il est accepté par ces « filles de joie » qui, passives, semblent passer leur temps à attendre. Le scabreux est exclu.


Pierre-Yves Cossé


11 Novembre 2019

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