• pierre-yves cossé

LUNETTES ROSES (5)


Chaussons des lunettes de presbyte pour regarder au-delà des frontières ;


- Un Oasis de Paix au Moyen-Orient



Le sultan d’Oman, Qabous Ben Saïd, est mort des suites d’une longue maladie, selon la formule consacrée. Ce despote éclairé, gay depuis ses études à l’école militaire de Sandhurst (RU) cas rare quasiment unique parmi les dirigeants musulmans (quoiqu’au Maroc…) était un homme pacifique, sensible à la beauté. Son choix de vie n’a jamais été évoqué à Oman et rarement dans la presse internationale. N’ayant pas d’enfants, la règle voulait que le nouveau sultan soit choisi parmi les membres de la famille royale. En l’absence de consensus, après trois jours de délibération, il avait prévu de s’en remettre au nom qu’il avait consigné dans une lettre. Le Conseil de Famille a préféré, dès le lendemain du décès, faire lire en direct à la télévision la lettre. Ainsi, le cousin, Haitham Ben Tarek, âgé de 65 ans, est devenu sultan, le pouvoir omanais donnant une image d’unité et de sérénité. Hatham était ministre de la culture, ce qui est une référence dans un pays qui protège les sites historiques, réhabilite les vieux villages et modernise avec mesure et éclectisme sa capitale (pas de gratte-ciels)

Le nouveau souverain maintiendra la politique de neutralité poursuivie pendant cinquante ans par son prédécesseur, qui était resté à l’écart des principaux conflits régionaux : Iran-Irak, guerre du Yémen, boycottage du Qatar. Il fut souvent un médiateur discret entre rivaux et entretenait des relations avec l’Iran, son voisin, et Israël. Ne nous trompons pas : Oman n’est ni une démocratie ni un état laïc. La religion d’état est i ’Islam ibadite, pratiqué ici de façon souple. Qabous a fait construire une immense mosquée dans la capitale, dont le style est inspiré de l’Iran. Le point faible du sultanat de moins de cinq millions d’habitants est l’économie ; la rente pétrolière est faible, il faudrait mettre au travail les Omanais et l’essentiel est à faire.


- La victoire du courage et de la modération à Taïwan



Tsai Ing Wen vient d’être réélue à Taipei avec une marge plus confortable qu’il y a quatre ans. Cette femme sans charisme particulier a dit non à la proposition de Xi Jinping d’imposer une réunification fondée sur le principe « un pays, deux systèmes. Elle a résisté aux menaces et à l’intimidation de son puissant voisin, aux pressions sous des formes variées : désinformation, infiltrations, corruption, manœuvres militaires, réduction du nombre de touristes, ruptures des relations officielles arrachée à des états clients de la Chine. La France, qui depuis le général de Gaulle ne reconnait plus Taiwan comme un état, a jugé sagement que ces élections montraient l’attachement des Taiwanais à la démocratie locale, à l’Etat de droit et aux droits de l’Homme.

La victoire serait éphémère, si la Chine envahissait l’île, solution que n’a pas exclue le président chinois. Les Taiwanais ne se font pas d’illusions. Aucun pays, même les Etats- Unis ne fera la guerre à la Chine pour empêcher la réunification. Rappelons tout de même que la Chine n’a jamais contrôlé Taiwan avant Tchang Kai Chek. Le danger ne parait pas immédiat, Xi-Jinping ayant d’autres priorités : Hong Kong,

les Ouigours, le ralentissement de l’économie et les relations avec les Etats-Unis. Cela dit, une crise politique divisant les dirigeants communistes peut conduire à une politique aventureuse et belliciste.


Les dirigeants iraniens et américains ne veulent pas la guerre.



Mettre une couche de rose alors que le rouge vient de couler apparaîtra comme une provocation. Cependant, la retenue est évidente. Les représailles iraniennes ont été limitées et le président américain en a réduit la portée en taisant qu’elles avaient fait onze blessé parmi les militaires américains. Le rose est pale, car ne pas vouloir la guerre, ce n’est ni négocier ni agir pour une paix durable. Les milices des Moudjahidines du peuple vont poursuivre leurs actions de déstabilisation en Irak et au Liban, alors que le djihadisme est toujours présent, tandis que nul ne peut prévoir les initiatives de Trump. Et dans les deux pays les élections sont proches, période d’exacerbation des nationalismes.

Changeons de lunettes et regardons l’hexagone.


Le taux de fécondité des femmes de 20 à 40 ans reste stable. C’est ce que nous apprend le dernier bilan démographique de l’INSEE.


Ce taux de 1,87 enfant est en dessous du seuil permettant le renouvellement des générations fixé à 2,1 mais il se stabilise après quatre années de baisse et est supérieur à celui observé dans la plupart de nos voisins. Cette stabilité peut surprendre, compte tenu du pessimisme des jeunes dans les pays développés concernant l’avenir que leur ont préparé leurs aînés, incapables de sauvegarder les conditions de vie sur notre planète. Le désir d’enfant chez les jeunes femmes françaises est suffisamment fort pour qu’elles continuent à engendrer comme leurs aînées, même si elles le font à un âge plus tardif. C’est un signe d’optimisme et d’ouverture à la vie, qui est positif pour notre avenir collectif. L’avenir nous apprendra si cette stabilité est durable.




Pierre-Yves Cossé


20 Janvier 2019

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