• pierre-yves cossé

LUNETTES ROSES 4


Le bouquet est disparate et déplaira à d’aucuns.


Une amorce de démocratie directe. Cent cinquante citoyens tirés au sort, réunis au Conseil Economique, social et environnemental, consacrent six week-ends à tenter de concilier transition écologique et justice sociale ? Comment réduire les émissions de CO2 sans aggraver les injustices sociales ? Nous sommes à mi-parcours et l’expérience peut échouer : recommandations inapplicables, enterrement par le gouvernement mais elle peut réussir. Un succès serait un précédent de grande importance. Garder la planète habitable est le grand défi des prochaines décennies. Atteindre cet objectif implique non seulement une réorientation profonde des politiques économiques et sociales mais une inflexion des comportements individuels et collectifs, plus de sobriété, voire une frugalité vertueuse. Une telle transformation ne peut être décrétée par le haut, les citoyens doivent y être associés à tous les niveaux et sous des formes variées. La co-construction de politiques par des citoyens tirés au sort est une des formes possibles. Aucune formule unique et magique n’est disponible. L’expérimentation et une diversité, notamment à l’échelle locale, sont nécessaires. Un supplément de démocratie dans toutes les institutions de la République, entreprises comprises, contribuerait à cette mobilisation collective sans laquelle le consumérisme ne saurait reculer. Simultanément, un effort considérable doit être fait dans l’éducation. Les « cent-cinquante » pourraient être une avant-garde et Le bouton s’épanouir.


Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu est un succès.

Paradoxal de teinter de rose un impôt. Du rose parce que l’annonce quasi générale de dysfonctionnements et de mécontentements a été infirmée par les faits. Non seulement les services fiscaux ont bien fait leur métier, mais l’argent est rentré plus vite, procurant au Trésor Public un supplément de quelques milliards.





L’inculpation de Benjamin Netanyahou par le Procureur Général pour corruption (une fois), fraude et abus de confiance (trois fois), Israël est toujours une démocratie.

Existe-t ’il beaucoup de pays au Moyen-Orient où un juge peut inculper le chef du gouvernement et dirigeant du principal parti politique ? La suite n’est pas écrite. Le Premier Ministre utilise tous les moyens pour se défendre, invectives, menaces, appel à manifestations. En cas d’élections législatives probables, il peut arriver le premier, en tant que rempart de la sécurité d’Israël contre l’Iran et les pays arabes, recourant si nécessaire à des provocations. Pour l’instant, le risque principal vient de son propre parti, le Likoud, qui l’a contraint à accepter le principe de primaires. L’enjeu est la paix au Moyen-Orient. La logique de la politique actuelle, qui exclut la coexistence de deux états, est l’expulsion progressive des Arabes d’Israël et des Territoires Occupés, avec l’appui du gouvernement des Etats-Unis, ou à la rigueur leur maintien en tant que population marginale privée de droits. En l’état actuel du rapport de forces, une telle politique peut remporter quelques succès. Mais il est improbable qu’à long terme Israël puisse se développer dans un environnement hostile en refusant tout dialogue et en écartant le compromis. Le départ de B Netanyahou ne serait qu’une étape d’un processus de désescalade, il réouvrirait le champ des possibles.



L’Appel du Pape François à un monde sans armes nucléaires, possible et nécessaire.

Les prétendus réalistes considéreront qu’il s’agit de morale ou d’une perspective

prophétique, sans rapport avec la politique des Etats et leurs exigences nationales. Pourtant, cette condamnation de la détention des armes nucléaires repose sur un constat difficilement récusable et devrait inciter à un débat. Le multilatéral s’érode, les traités sont en difficultés : limitation des armements nucléaires, engagements russe et américain sur les missiles de moyenne portée en Europe, non-prolifération Et comme dit le pape, l’hypothèse d’un coup de folie d’un homme ou d’un accident ne peut être exclue. Le monde devient de plus en plus dangereux, sans que les états réagissent.

La réflexion, elle est exclue en France où le débat public sur le nucléaire militaire est pratiquement interdit. Il est censé nous apporter la sécurité, contrairement aux affirmations du pape « ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps » Le pape a raison. Le risque majeur n’est pas une attaque surprise et massive de la Russie mais le terrorisme international, notamment sous la forme islamique. L’arme nucléaire n’est pas la réponse appropriée. D’autres risques sont croissants, la cyberguerre qui peut paralyser nos centres de décision sans que l’on sache immédiatement la nationalité de l’attaquant, la guerre de l’espace détruisant les satellites et paralysant les communications. Or la France manque de moyens financiers et techniques pour faire face à ces nouveaux risques, qui devraient être pris en charge en coopération avec d’autres pays européens. Le manque est également flagrant pour ses interventions « classiques » : dépendance pour le ravitaillement de ses avions à l’égard des Etats-Unis et pour le transport de troupes, capacité à mener une guerre maritime continue faute de second porte-avions, équipements des militaires au sol insuffisants.

Or la « modernisation » programmée de notre armement nucléaire, océanique et aéroporté, soit 37 milliards d’euros d’ici 2025, va représenter une part croissante du budget de la défense ces prochaines années au détriment d’une meilleure couverture des risques réels. Il est vrai que le nucléaire a en France une justification d’une autre nature. Sa détention, comme notre siège permanent au Conseil de Sécurité, assurerait notre maintien parmi les « Grands » Il existe d’autres moyens pour tenir notre rang : une indépendance économique menacée par nos déficits structurels, la technologie, la langue française et le software culturel, qui ont évidemment un coût.

Si l’on se fie à l’accueil limité fait en France à la condamnation du pape, il y a toute chance que le bouton se dessèche rapidement. Aucun débat, aucune inflexion de nos priorités budgétaires réduisant la place du nucléaire au profit des autres formes de défense, aucune déclaration forte marquant un engagement déterminé en faveur des négociation internationales sur la limitation des armes nucléaires sous toutes ses formes, avec un objectif-même lointain de disparition. Comment arrêter la prolifération sans que les puissances nucléaires ne prennent de leur côté des engagements ?




"Les Misérables" de Ladj Ly...

Enfin comment ne pas broyer du noir et même ressentir de l’effroi en voyant "Les Misérables" (voir bande annonce ci-dessous), l’excellent film du Malien Ladj Ly, originaire de Montfermeil. Il montre un Montfermeil où la République a disparu : partout l’illégalité, le racisme, les abus des détenteurs de bouts de pouvoir, les trafics en tout genre, la prostitution des mineures, la drogue, le chômage des jeunes, les violences.

Le savoir abstraitement est une chose, le voir produit un choc...



S’il existe beaucoup de Montfermeil en France, on peut être inquiet de l’avenir de notre pays, même en mettant des lunettes roses.


Pierre-Yves Cossé

3 Décembre 2018

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