• pierre-yves cossé

LE GRECO (1541-1614) au Grand Palais.





Devant le Grand-Palais, c’est la fête. La FIAC a débordé sur l’Avenue Winston Churchill. Guinguettes et restaurants en plein air se sont installés sur le macadam et accueillent un public épris de soleil et de fraicheur, après une visite de la FIAC et avant la rencontre d’œuvres exposées en plein air, de la place de la Concorde jusqu’aux Tuileries ou une halte de dans la boutique de cinéma éphémère. En même temps que la FIAC, deux grandes expositions viennent d’ouvrir dans ce même Grand Palais, Toulouse Lautrec et deux autres au Petit Palais (Yan Pei Ming et le sculpteur Vincenzo Gemito) Les Parisiens sont des privilégiés. ! Y- a-t ’il dans le monde une autre ville avec une telle concentration de beautés temporaires ?


Il fallait se frayer un chemin pour accéder au Greco, d’autant que l’exposition se tient dans un lieu inhabituel, une galerie rectiligne haute de plafond, en raison des lourds travaux en cours qui obligeront à une fermeture complète dans un an (si les financements sont là…)

La récompense est au bout du trajet, non pas avec les œuvres du début, des icônes dans un état médiocres peints par le Crétois Dhominikos Theotokopoulos, mais avec celles de sa maturité peinte en Italie et en Espagne, où il a successivement vécu. A Venise (1568-70) il découvre la Renaissance et est émerveillé par Titien, Tintoret et la couleur. Il n’y trouve pas vraiment sa place, pas plus qu’à Rome au service du cardinal Alexandre Farnèse, qui le remercie. Il est vrai que la concurrence est forte, qu’il ne peint pas de fresques, qu’il a mauvais caractère et qu’il critique Michel Ange.


C’est dans l’Espagne de Philippe II, à Madrid et surtout à Tolède, que Gréco devient le Gréco, le visionnaire qui ne ressemble à nul autre, celui qui a fasciné les Romantiques et suscité de nombreux commentaires d’écrivains français visitant Tolède. De nombreuses peintures d’église ne sont pas transportables et le Prado n’a consenti aucun prêt. L’Enterrement du Comte d’Orgaz n’est pas là mais les musées américains ont collaboré -l’exposition ira aux Etats-Unis -et les œuvres, 71, sont suffisamment nombreuses pour que l’on pénètre dans cet univers magique, mi -céleste, mi-diabolique. Monde étrange où les corps sont tordus, étirés, les mains allongées, les yeux en extase. Le réalisme est absent au profit du maniérisme. Le ciel est déchiré de nuages, percé d’éclairs. La fin du monde n’est pas loin. Plus que l’ensemble, il faut regarder les personnages, un par un ou en petit groupe, leurs attitudes, leurs visages, leurs regards, leurs vêtements qui se tordent, s’arrachent des corps ou au contraire se développent en volutes harmonieux et les accompagner dans leurs méditations ou leurs transes. Quelle énergie ! Les oppositions violentes et improbables de couleurs, jaune, rouge et vert… sont un autre sujet d’étonnement et d’admiration. Quel coloriste ! Cette observation, il faut la reprendre plusieurs fois, pour des scènes comme celle du Christ chassant les marchands du temple, traitée à différentes reprises, à quelques années d’intervalle. Le Greco aimait répéter les thèmes. Parfois la sérénité l’emporte, comme dans la représentation bleutée d’une Vierge douce et grave.


Les grandes compositions ne doivent pas faire oublier les portraits naturalistes au regard pénétrant et aux mains expressives. L’acuité psychologique est pénétrante, le grand inquisiteur en rouge qui vient des Etats-Unis., le Frère Hortensio (les mains).





De Reynolds à Turner au Musée du Luxembourg...

L’exposition s’ouvre sur un face à face entre Reynolds et Gainsborough, qui inaugure l’âge d’or de la peinture anglaise. Cette peinture aristocratique traite avec beaucoup de soin les vêtements et l’insertion des personnages dans un paysage. Dans cette confrontation, Reynolds l’emporte, plus sensible (tableaux d’enfants) et moins conventionnel.

Au XVIII -ème, un marché apparait, les bourgeois se font représenter, satisfaits d’eux-mêmes, avec leur famille et leur fidèle compagnon, le chien de toute taille et de tout pedigree, comme les

aristocrates. J’ai compté onze toiles avec des chiens. L’enfant est aussi chéri que le chien. Rousseau n’est pas loin.




Avec la Révolution et les guerres napoléoniennes, les Anglais font moins le Grand Tour (l’Italie) et peignent plus souvent des paysages anglais bucoliques et déjà préromantiques. Certains sont très attachants, la Tamise de Richard Wilson. Les paysages sont également traités avec délicatesse, par l’aquarelle, produit meilleur marché. Les aquarellistes organisent leurs propres expositions et proposent des toiles de petite dimension.

C’est aussi le temps de l’empire colonial, d’abord américain, puis centré sur l’Asie, avec les Indes. Cela nous vaut des portraits et des scènes de genre, plus ou moins exotiques.

L’exposition se termine par la peinture d’Histoire et la peinture religieuse. Heureusement arrive Turner et ses premiers paysages.


Pierre-Yves Cossé


21 Octobre 2019

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