• pierre-yves cossé

Expositions d’Automne


DU PETIT PALAIS A MARMOTTAN

Vincenzo Gemito 1852-1929

Petit Palais





Ragazzi napolitains


Ce Napolitain, considéré dans le Paris du 19 e comme le plus grand sculpteur italien, remporta le premier prix aux expositions universelles de 1889 et de 1900. Enfant abandonné, il vit au milieu des gamins des rues et du port, tout en étudiant. Ce furent les modèles de ces têtes, en terre cuite ou en plâtre d’un extraordinaire réalisme, les chefs d’œuvre de l’exposition, qu’il réalisa dès l’âge de seize ans. Ils exercent des métiers durs (porteur d’eau, pêcheur), sont pauvres et leurs expressions souvent tristes. Mais quelle précision dans les détails ! Ces ragazzi sont plus que pittoresques, ils sont émouvants.


La suite est de grande qualité mais moins exceptionnelle. A vingt-cinq ans, il vient à Paris et son réalisme, qui est antérieur à Rodin, qu’il influença ou aux danseuses de Degas, commence par choquer. Il sculpte des artistes et des personnages illustres comme Verdi ou Meissonnier.



Accroupi, le petit pécheur tient un poisson frétillant, son filet est attaché au ventre. Sa nudité et ce réalisme scandalisèrent les Parisiens de 1877 Il s’affirme aussi comme un dessinateur d’avant-garde, notamment de jeune fille, parfois échevelé A la suite de problèmes de santé, il s’isole tout en continuant de travailler. Il se maniérise quelque peu et s’adonne avec succès à des activités nouvelles comme l’orfèvrerie.



Le Philosophe



LUCAS GIORDANO 1634-1705

ou le triomphe de la peinture napolitaine

Petit Palais


L’automne est italien au Petit Palais. Il accueille simultanément un second napolitain, de deux siècles plus ancien, Lucas Giordano, qui comme le Crétois Gréco exposé au Grand Palais alla un temps chercher des commandes auprès de la cour d’Espagne. Le musée a bien fait les choses, il a fait venir d’immenses retables qui occupent la première salle tandis que sont projetées sur les murs et le plafond d’une autre salle les grandes fresques des églises napolitaines et des palais espagnols. Lucas travaillait vite (Luca Fà-presto), et évolua selon les modes et les lieux où il vécut. Dans ses débuts, il fut traité de faussaire du fait de ses remarquables pastiches. Ce professionnel des grandes compositions séduit autant par les couleurs (des superbes bleu et jaune) que par les scènes représentées, parfois convenues et fades pour le public actuel.



Un Giordano ou un Raphaël ?


Son œuvre est abondante. Ses peintures sont omniprésentes dans les églises napolitaines. La virtuosité est incontestable et certains clair-obscur saisissants. L’influence de Ribera et de Caravage est évidente. Comme ce dernier, les personnages religieux sont inspirés par des hommes et des femmes du peuple, dont des mendiants, aux expressions frustres et brutales. Violence et ténèbres sont présentes dans de nombreuses toiles.



Crucifixion de Saint Pierre


Caravage ???



IL va à Rome (1658) Sa peinture s’apaise, les couleurs sont plus douces, parfois du doré. Nous sommes au temps de la Contre-Réforme triomphante et du développement des Missions en Asie. Il s’affirme comme le peintre de la Contre-Réforme par de grands retables théâtraux. L’antique est à la mode ; des personnages mythologiques et des sages grecs ou romains (Sénèque, Caton) remplacent progressivement ceux de l’Ancien et du Nouveau Testament. Durant sa décennie espagnole (1692- 1702) Il séduira par une peinture lumineuse et libérée.



Le philosophe



De nombreux amateurs passent rapidement devant le carré ou le losange de couleurs primaires encadré par des lignes horizontales et de verticales noires, l’unique Mondrian du musée, un peintre abstrait coloré et décoratif, qui mérite juste un regard. Il est une autre manière de regarder les compositions géométriques exposées dans les musées, postérieures à 1921, de ce peintre résidant longtemps à Paris, sensible au Fauvisme, au Pointillisme puis à Braque et Picasso. Elle consiste à suivre son itinéraire, le passage progressif du figuratif à l’abstrait, avec des retours en arrière, le dépouillement continu, dans la mesure où il retrancher plutôt qu’il ajoute. Il faut voir plusieurs Mondrian en même temps, ce qui est rarement possible, sauf au Kunstmuseum de La Haye et à l’exposition Mondrian Figuratif (1898-1918) à l’Hôtel Marmottan, soit une soixantaine de peintures aux couleurs vives le plus souvent, sélectionnées par le peintre (1920) pour son plus grand collectionneur, Salomon B Slipjer. Le début, cependant, commence dans le sombre avec des paysages qui font penser à l’Ecole de Barbizon et aux premières œuvres de Van Gogh aux Pays- Bas Les experts verront dès les premières toiles des indices annonçant le Mondrian de la maturité, des lignes verticales, des esquisses de grilles et de réseaux. Cela peut s’observer dans ses « séries » dunes, moulins, clochers, arbres, phares, océans ; comme chez JS Bach à partir d’un thème, il compose des variations, certaines peintures s’aplatissent, la perspective se réduit, des sortes de grillages encadrent le sujet principal. Les couleurs deviennent indépendantes du dessin. Il aurait subi l’influence de la théosophie, qui ouvre l’accès à l’ordre secret de l’univers… Dans ses portraits, dont le sien, le regard est visionnaire, tourné vers l’au-delà. Le losange qu’il affectionne aurait une signification symbolique, la pointe haute orientée vers le ciel et la pointe basse ancrée dans la terre. Nous sommes à l’époque du Symbolisme


MONDRIAN, un théosophe au regard visionnaire ?


L’exposition montre un Mondrian, peintre de fleurs, (huiles, aquarelles, fusains, dessins) ce qui sera une surprise pour beaucoup. Même lorsqu’il a complètement basculé dans l’abstraction, il commence sa journée en peignant une fleur, rose, arum, dahlia, chrysanthème. Certaines fleurs sont éclatantes de couleurs, d’autres esquissées ou flétries.


Bois près d’Oele…Mondrian expressionniste (Munch, Kandinsky)


Il est raconté que la vision à Paris en 1914 de l’échafaudage d’un immeuble, avec ses lignes verticales et son réseau de planches, aurait joué un rôle dans l’apparition des carrés et losanges. Ce qui l’intéresse, c’est l’architecture secrète qui fait tenir le monde debout. D’aucuns donnent une interprétation figurative. Ces surfaces plates et colorées renverraient aux champs géométriques de tulipes au printemps. Ces carrés seraient des portraits et les couleurs auraient une valeur symbolique. ; le rouge correspond à un personnage passionné, le bleu à un idéaliste, et le jaune à un riche puissant. Mais à New- York, où il s’est réfugié, il passera à une seule couleur.



Seurat


il aime les verticales


Il reconstruit


Le Mondrian que l’on connait




Pierre-Yves Cossé

13 Décembre 2019


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