• pierre-yves cossé

ET SI DIEU N’EXISTAIT PAS?



Ma vie serait-elle changée si j’avais la « preuve » que Dieu n’existe pas ? A priori, peu de choses. Les interdits religieux seraient levés, mais pour un octogénaire l’âge est un interdit beaucoup plus fort et la débauche n’est plus de saison. Les valeurs auxquelles j’adhère subsisteraient. Le refus de la toute puissance de la force et de l’argent serait intact. La conviction qu’aimer et être aimé est nécessaire au bonheur ne serait pas entamée. Un idéalisme, doublé d’une certaine naïveté, continuerait d’inspirer mes orientations politiques et sociales, de même que le respect des différences et de la diversité. Je n’ai d’ailleurs jamais cru que la conviction religieuse pouvait régenter l’action politique. Au contraire, il faut donner toute sa place à la raison et à la connaissance, distinguer les ordres et donc se méfier des partis religieux, démocrates- chrétiens compris.

L’absence de foi en Dieu a peu d’incidences sur la vie quotidienne. Beaucoup de croyants font déjà le constat du retrait de Dieu du monde, un mystère. L’interrogation des hommes, suite à la Shoah et aux meurtres quotidiens de victimes innocentes, reste sans réponse, sauf l’affirmation de la liberté de l’homme, capable de faire le mal et le bien sans limites. La prière de demande d’une intervention de Dieu dans le fonctionnement du monde est sans objet et même provocante. Si Dieu intervenait et réalisait un miracle pour résoudre un problème particulier, pourquoi ne le fait-il pas pour soulager les hommes des fléaux multiples qui l’accablent ? Pour le croyant, la demande de « miracle » devrait être limitée à l’ordre spirituel, car il est vrai que les hommes sont capables d’opérer des changements inattendus dans leur vie, que l’on peut qualifier de miraculeux.

Quant aux « consolations « qu’apporteraient les perspectives de l’au-delà, elles sont minces. Dans la tradition juive, la croyance en la résurrection des morts est tardive (premier siècle avant Jésus -Christ) et dans le christianisme, la croyance au paradis a longtemps été le levier utilisé par l’Eglise pour contrôler la vie des fidèles. Peu de croyants, dans nos sociétés occidentales ont une certitude sur ce qui les attend après leur mort. D’ailleurs, faut-il chercher dans l’au-delà le royaume des cieux, puisque, depuis la Pentecôte et surtout selon la parole de Jésus le royaume des cieux est déjà parmi nous ?. C’est ici-bas qu’il faut tenter de réaliser des esquisses de royaume. Chacun a l’espoir de laisser dans le souvenir de ceux qu’il aime comme une trace de paradis.

Si Dieu n’existe pas n’exclut nullement l’existence d’un besoin de transcendance au cœur de l’homme, plus ou moins fort. L’homme s’interroge en permanence sur le pourquoi de l’existence, sa raison d’être, ses rapports avec la nature et le monde qui l’entoure, sur l’invisible et l’impalpable. Cette interrogation n’engendre pas seulement des réflexions philosophiques, de la poésie mais sa manière de vivre. Devant les beautés et les mystères du monde, il peut chanter, remercier, prier, se noyer dans une sorte de panthéisme. Des prophètes essaieront toujours de canaliser ces aspirations et de les « organiser » par des pratiques individuelles et collectives dans le cadre d’institutions. Les rituels autour de la mort, partout présents, en sont l’indice le plus visible. Les religions, sans Dieu ou avec Dieu, ont de l’avenir. Elles ne se valent pas toutes. Certaines étouffent la liberté de l’homme et l’enserrent dans des carcans. D’autres le libèrent et sont sources d’épanouissement.

L’interrogation sur Dieu n’est pas seulement affaire de conscience, elle a une dimension collective à l’échelle de la société. Dans la France de 2019, les religions monothéistes continuent d’occuper une place, elles répondent à des besoins et remplissent plusieurs missions. Elles assurent la transmission d’un savoir, d’un patrimoine et d’une expérience humaine. En particulier, la bible et les Ecritures restent une référence culturelle et historique et continueront d’être lues et méditées. Leur patrimoine architectural, pictural, musical, d’une richesse incomparable, rend plus beau notre cadre de vie et stimule notre sensibilité et nos connaissances. Les liturgies et les rites lors des grands évènements de la vie, mariage et surtout décès, sont un lien entre beaucoup de Français, même s’ils n’adhèrent pas aux dogmes. Elles contribuent à la lutte contre le matérialisme et, parfois, contre les guerres.

Leur effacement est parfois ressenti comme un manque. Me promenant un dimanche matin à la campagne, je me suis surpris à attendre le son des cloches avant les grands messes, qui se répondaient d’un village à l’autre. J’ai cru en entendre une, sans en en être sûr. Il n’a plus de prêtre pour desservir toutes les églises paroissiales et souvent plus de fidèles. Bientôt les mairies cesseront d’entretenir des édifices religieux qui ne sont plus fréquentés. Elles seront démolies, ou, au mieux transformer.

Il faut souhaiter qu’il existe longtemps des croyants en Dieu, qui pratiquent leur foi dans le cadre des religions officielles, tout en étant respectueux des croyances des autres. Bien sûr, une transformation et une sanctification des appareils d’église donneraient de la consistance à ce souhait.

23 Juillet 2019

Pierre-Yves Cossé

3 vues
  • LinkedIn