• pierre-yves cossé

Charlotte libre et moderne, Séraphine naïve et mystique

Le Monde Nouveau de Charlotte Perriand

Fondation Louis Vuitton

Tous, ou presque, ont vécu avec du Perriand, assis, couchés ou travaillant. Beaucoup ne l’ont pas su, ou ne le savent pas, ni l’étudiant des pavillons mexicain, tunisien ou suisse de la Cité Universitaire du boulevard Jourdan ; ni les skieurs des Arcs bénéficiant du soleil après l’effort ou prenant son bain ou se restaurant dans un appartement conçu et équipé par Charlotte, avec des équipements préfabriqués en polyester ; ni le fonctionnaire de Bercy, qui s’assoit sur du Perriand. Plusieurs aménagements ont été reconstitués par la Fondation, combinant harmonieusement la fonction et la forme.

Pourquoi cette mauvaise connaissance ? Parce qu’il s’agit souvent d’objets banals de la vie quotidienne, comme si l’art n’est pas dans tout, un geste, un vase, une casserole, un verre ? Parce que c’est une femme, médiocrement considérée par ses collègues masculins, dont Le Corbusier avec qui elle a travaillé une dizaine d’années et qui tirait la couverture à lui ? Par ce qu’elle fut une « touche à touche » sans diplôme d’architecte, alors qu’elle fût l’architecte des Arcs 1600 et 1800 (3000lits) ? Parce que selon les experts, elle ne fut que l’imitatrice de designers allemands et hollandais, qui l’ont précédée ? Un peu de tout cela, probablement. Avec l’exposition, Charlotte prend toute sa place de pionnière et d’artiste de la modernité, qui a réinventé l’habitation.

Trois « coups de cœur »


Le premier, c’est Charlotte. Une belle jeune fille des années 20, coiffée à la garçonne et portant un collier « roulement à billes », sportive (les week-ends de ski dans les Alpes) usant de sa liberté, dévorant la vie à pleines dents, aimant créer plutôt que d’appliquer des formules. Elle s’engage dans les années 30, sur le plan professionnel (UAM, CIAM) et politique. Elle est proche des Communistes, participe aux grandes manifestations et expositions du Front Populaire, exaltant le développement du corps et de l’industrie et militant contre Franco. Elle fait penser à une autre femme moderne, Dora Maar, qu’elle connaissait bien, comme Picasso et autres avant-gardistes, qui vient de faire l’objet d’une grande exposition à Pompidou, en moins mystique et plus mobile. Elle s’est intéressée aussi à la photographie, sans être une professionnelle, photographiant galets, silex, arêtes et os de poissons, collectés sur les côtes normandes, où elle allait en week-ends avec Pierre Jeanneret. C’est son « art brut » à elle, où elle peut donner libre cours à son imagination. Les revers ne la paralysent pas, l’été 40, répondant à l’invitation d’un ami japonais, elle part en bateau pour Tokyo, où elle sera bloquée, suite à l’entée en guerre. Elle regarde, visite, fait des conférences, expose (41). Son art est durablement influencé (utilisation du bois) Elle reviendra au Japon en 1955 avec Le Corbusier présenter l’exposition synthèse des arts. Après 1945, ce sera le temps de la reconnaissance officielle, des commandes de maîtres d’ouvrage publics et privés, celui de la galerie Steph Simon à Saint Germain des Prés, la période brésilienne (appartement de son époux)

Second « coup de cœur » l’œuvre japonaise, légère, aérienne, chaleureuse. Elle utilise les matières disponibles en temps de guerre : bois (pin rouge et bambou) laque et recourt aux techniques en usage (cannage, tissage) Sont exposés une chaise longue, un fauteuil en bambou, des meubles bas (table à partir d’un tronc d’arbre, tabourets) lampe sur pied de bambou. C’est du Perriand revisité, à la recherche d’un accord entre les exigences de la nature et les aspirations de l’esprit. Dernières images de l’exposition (galerie 9) une maison de thé conçue par Charlotte.; entre les bambous, apparait une photo de Charlotte, âgée, habillée d’un kimono.

Troisième « coup de cœur » l’artiste parmi d’autres artistes. La Fondation a su mettre en scène un dialogue avec de grands artistes qu’elle a connus ou avec qui elle a travaillé. Sur les murs, sont accrochés des œuvres de Le Corbusier, Picasso, Hartung, Fernand Léger, Calder (tapisseries, aquarelles, peintures à l’huile, sculptures …) Leur insertion, surtout dans les appartements ou ensembles reconstitués est parfaite. Une exposition dans l’exposition. C’est avec Fernand Léger que la confrontation est la plus convaincante.

D’autres parties de l’exposition ont un intérêt surtout historique. Fauteuils et sièges tubulaires, chaise longue basculante, coffres, boites, bahuts, bibliothèques écran, utilisation de l’aluminium et du contre-plaqué. Charlotte Perriand a eu beaucoup d’imitateurs et ces objets sont devenus une mode.

Les Grands Maîtres Naïfs

Musée Maillol

A chaque fois que vous entrez dans le musée Maillol, n’oubliez pas de vous extasier devant les statues de Dina Verny, qui fut, à partir de 1934, l’unique modèle de Maillol. Quel corps ! Quelle poitrine ! Quelles fesses ! Mais Dina ne fut pas seulement un corps superbe. Cette immigrée, fille d’un pianiste moldave, fut une Résistante enfermée à Fresnes. Ce fut aussi une marchande d’art qui, après la Libération, ouvrit une galerie et dans sa collection el fit une place aux peintres dits naïfs. Ce fut enfin la fondatrice de La Fondation Dina Verny, qui héberge une partie de l’œuvre de Maillol et des œuvres modernes (de beaux dessins de Matisse) C’es rendre justice à Dina que d’accueillir rue de Grenelle une centaine d’œuvres issues de ce monde insolite.


Séraphine

Ces naïfs sont appelés aussi primitifs modernes ou peintres du dimanche. Ils travaillent souvent à mi-temps, exerçant un métier modeste : cantonnier, ouvrier, lutteur de foire, employé des postes ou des douanes. Certains maitrisent parfaitement les techniques

et ont une culture artistique. Les Surréalistes se sont réclamés d’eux, leurs œuvres faisant appel à l’imagination et pouvant susciter inquiétude ou angoisse.

L’ancêtre et le plus connu est le Douanier Rousseau, présent à l’exposition. Il était apprécié de Picasso, qui acheta plusieurs toiles ; deux portraits exposés viennent du Musée Picasso, à côté d’une immense femme en noir dominatrice.

Les autres peintres sont deux générations après. La plus connue est Séraphine de Senlis, souvent exposée, qui a fait l’objet, il y a quelques années d’un film remarquablement interprété par Yolande Moreau. Le critique d’art, marchand et collectionneur allemand, Wilhem Ure, la découvrit à Senlis en 1912. A la déclaration de guerre, se trouvant au mauvais moment et au mauvais endroit, il dut retourner dans son pays, abandonnant sa collection. En 1927, il reprend contact avec Séraphine qu’il prend en charge matériellement. Elle figure à son exposition « les Primitifs Modernes » en 1932, année où elle est internée et cesse de peindre. J’éprouve toujours le même ravissement devant ces merveilleux bouquets de fleurs ou de feuilles, dessinés avec précision et violemment colorées (elle utilisait du ripolin) La modeste servante, qui avait travaillé dans des jardins disait peindre à la demande de la Vierge Marie.

Les toiles sont présentées par thème, paysages, ville, génies de la forêt, portraits, nature morte (dont des tables débordant de mets succulents) nus, fleurs. Mon second coup de cœur a été les plages de la Mer du Nord peintes par Dominique Peyronnet, ouvrier imprimeur, qui observait minutieusement les teintes et les nuances des paysages marins durant ses congés.



Dominique Peyronnet

Certaines toiles avaient un caractère alimentaire, comme les Sacrés Cœurs de Montmartre peints avec un luxe de détails pour être vendus à des touristes et être exposés à la Foire aux croûtes. Jean Eve, qui n’est pas un autodidacte, aime la nature et peint des paysages aux coloris souvent délicats. Camille Bombois, de carrure herculéenne, un temps lutteur de foire, peint des femmes bien en chair et des scènes foraines, qui ont été exposés par W Ude. André Bauchant, pépiniériste, est un vrai naïf inspiré par sa Touraine natale.

In fine, une vidéo présente les relations qu’entretiennent plusieurs peintres avec la nature et les murs végétalisés, intérieurs et extérieurs (Patrick Blanc)

BIENNALE DES ANTIQUAIRES

Grand Palais

Comme ne le dit pas son nom, la biennale est annuelle. Je m’y rends tous les trois ou quatre ans et je constate de grands changements. Finis, ou presque, les ensembles 18 e présentés dans des écrins luxueux. Les gouts se sont modifiés, la paire de fauteuils Louis XVI dont vous avez hérité et sur lesquels vous êtes si mal assis ne valent plus et vos successeurs, au mieux, les enverront aux Puces. Moins de scènes de genre, à la Breughel, père et fils. Moins d’antiquaires étrangers (la concurrence des Salons est forte) mais les acheteurs sont de plus en plus étrangers (la plupart des conversations sont en anglais. Aucun pavillon pour les grands bijoutiers parisiens, les bijoux étant répartis dans différents stands. De grands antiquaires parisiens sont remplacés par de moins connus. Les traditionnels sont très marris de cette évolution et la fréquentation est moins importante. Je ne sais pour les ventes, qui sont le bon critère. Le diner de gala à 650 e la place a toujours autant de succès.


ART ABORIGENE

Dominent de très nombreuses peintures 19 et 20 -ème, de grande qualité. Selon les années, quelques peintres sont particulièrement représentés, vente d’une collection, proximité d’une exposition. Parmi les peintres de l’année, Hantai, Bonnard, Maurice Denis, Soulage. Malheureusement, Bernard Buffet est revenu à la mode. Et comme chaque année, des Marquet ou des Vlaminck. L’art aborigène australien, sur papier ou sur écorce est maintenant représenté à la Biennale et fort bien (poteaux funéraires) L’art cinétique subsiste et l’art nègre apparait.

Bon nombre d’antiquaires présentent des sculptures réalistes Barye et ses animaux, Carpeaux, Dalou, Rodin (en principe les moulages sont limités…) ou géométriques et cubistes, Bernard Venet, Zadkine. Les Antiquités orientales (Turquie) sont toujours de qualité.

Le seul pavillon se voulant luxueux est celui de Bahreïn, on peut le contourner.

Les « médiatrices » des grands antiquaires m’ont semblé plus accueillantes que dans le passé, à moins que ce soit un privilège du grand âge.

J’aurais bien volé un Manguin mais c’est très contrôlé.



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