• pierre-yves cossé

Barack Hussein Président

L’Afro-Américain



Barack Obama, métis né à Hawaï dans une famille modeste, est un citoyen des Etats-Unis qui croit à l’exceptionnalisme américain. Cet exceptionnalisme a pour fondement le melting pot, la présence d’hommes et de femmes de toutes couleurs et de toutes confessions, venant de toutes les parties du monde, qui ont été capables de construire une nation soudée et diverse respectant le principe démocratique.


Dans cette Amérique, la religion occupe une place significative. Le sous-titre du premier tome de ses Mémoires (Fayard,842 pages) « Une terre promise » est une référence claire à l’Ancien Testament. Les Pilgrim Fathers, issus de minorités religieuses persécutées, voulaient faire du nouveau monde un second Israël, à l’abri des divisions et sectarismes européens. A Chicago, lorsqu’ il travaillait dans les milieux associatifs, il entretenait des relations étroites avec plusieurs pasteurs noirs, dont le Révérend Wright pour qui « Dieu voit le mondeà travers le regard des plus opprimés » C’est un autre ami pasteur qui prononça le sermon le jour de son investiture : « il serait jeté dans les flammes de l’enfer, les flammes de la guerre, les flammes de l’effondrement économique mais tant qu’il resterait fidèle à Dieu, il n’aurait rien à craindre » Le même jour, il remercia Dieu de tout ce qui lui avait été donné et pria pour que ses péchés soient pardonnés. » Une prière pour que ma famille et le peuple américain soient protégés du danger…une prière que je me répéterais chaque soir de ma présidence. A Rio, il vit un moment magique devant la statue du Christ Rédempteur le Corcovado, et en famille il prie.

Un chrétien qui prie tous les jours.


A Jérusalem, il enfonce dans une lézarde du Mur des Lamentations un bout de papier sur lequel il a écrit « Seigneur, protège-moi et ma famille. Pardonne-moi mes péchés et garde- moi de l’orgueil et du désespoir…fais de moi l’instrument de ta volonté » Le mot fut déniché et parut le lendemain dans un journal israélien. Il pratique même l’examen de conscience, s’interrogeant sur ses penchants machistes.


Dans cette Amérique, le racisme occupe aussi une place significative. Le problème n’est abordé qu’à la page 494. Hussein évoque les discriminations dont il a été victime : contrôles d’identité ou au volant systématiques, suivis à la trace par un agent de sécurité dans un grand magasin, portières de voiture qui se verrouillent sur son passage, vexations triviales. Il avait dû apprendre à réagir le moins possible. Conscient que « les Afro-américains et les Latinos font depuis très longtemps l’objet d’arrestations policières dans une mesure disproportionnée » Le Président, subit les réactions racistes suscitées par son élection, mais ne se lance pas dans une lutte ouverte et directe contre le racisme.

L’Homme

Comme beaucoup d’hommes, Barack a été fortement influencé par des femmes ; sa mère, divorcée, une féministe, dont il est le fils unique et qui, travaillant en Indonésie, a dû le laisser seul plusieurs années ; sa grand-mère maternelle, une « vielle dame blanche du Kentucky pleine de bon sens et d’honnêteté » employée dans une banque, qui l’a élevé et transmis les valeurs d’une petite bourgeoisie travailleuse ; et surtout sa superbe épouse, Michelle, dont il trace un très beau portrait, qui a illuminé sa vie.



Une épouse ambitieuse , indépendante et lumineuse.


Première Dame, « son charme était éclatant et ses choix en matière de mode remarqués » Cette américaine typique, qui n’aimait rien tant que dévorer un burger-frites, « concilia son identité de femme indépendante, désireuse de faire carrière avec le souhait d’être pour nos filles une mère attentive et prévenante »Ses deux filles jouèrent aussi un grand rôle. En dépit des contraintes, il parvint à maintenir une vie de famille à la Maison Banche, notamment : diner en commun, jeux, voire danses. Il avait fait venir de Chicago sa belle-mère pour s’occuper des enfants. Le père qui l’avait abandonné est le grand absent. Si Michelle, à la fois épouse et grande sœur, et les filles ont joué un grand rôle dans son équilibre de vie, la pratique du sport a également contribué. Compte tenu de son allonge, il excellait en basket.


Le basket a contribué à son équilibre de vie.


À tout moment et en tout lieu, il faisait des passes et des paniers de basket avaient été installés dans le jardin de la Maison Blanche. Le sportif avait une hygiène de vie : pas d’alcool sauf le week-end.


Le Politique


Tiraillé entre ses ascendances multiples, il eut très jeune l’intuition que l’engagement politique pourrait donner une cohérence à sa vie. La politique lui apparut « comme une affaire de communauté, de liens entre les gens » A Chicago, le maire noir, Harold Washington, mort prématurément, lui servit de modèle. Son éloquence, sa capacité à mobiliser son auditoire étaient des atouts mais l’hostilité de Michelle à l’égard du métier politique fut un obstacle presqu’aussi difficile à franchir que celui de l’élection. Elu au Sénat de l’Illinois, il siégea dans l’opposition et ses succès furent limités.


Du marathon des Primaires, on retiendra la performance physique, sa capacité à attirer des milliers de jeunes militants pas ou peu payés, le rôle des réseaux sociaux, la réconciliation rapide avec sa rivale principale et agressive, Hilary Clinton : « Femme d’une immense intelligence, elle avait subi quantité d’attaques et d’humiliations publiques pour le bien de la carrière de son mari, tout en élevant une fille formidable » Elle devint une conseillère proche, avant d’être nommée Secrétaire d’Etat. La campagne se durcit après la désignation de Sara Palin comme candidate à la vice-présidente, qui multiplia les attaques contre le black, candidat démocrate.


Le succès final est pour une bonne part dû à la crise des sub-prime, à la multiplication des faillites et à la montée du chômage. Quoique non économiste, le brillant élève de la Law School d’Harvard, sait consulter, travailler des dossiers et proposer un plan précis. Son adversaire républicain, Mac Cain, était sur ce point une nullité, au point qu’une bonne partie de la middle class blanche préféra l’élection d’un « nègre » à la ruine. Selon la phrase d’un proche : « Deux cent trente- deux ans… ils attendent que le pays soit au bord de la faillite pour le confier à un black »


Le Réformateur


Installé à la Maison Blanche, son premier objectif fut le traitement de la crise, alors que la situation économique se dégradait de mois en mois. A aucun moment et en dépit de ses efforts, il n’obtint la moindre collaboration des Républicains. En revanche, il lui fallut convaincre des sénateurs démocrates conservateurs, avec l’appui de la présidente de la Chambre des Représentants,Nancy Pelosi, une progressiste aisée de San Francisco, fille italo-américaine du maire de Baltimore, aujourd’hui octogénaire mais toujours présidente. Dès le début, il attacha une grande importance à une méthode de travail stricte et ouverte, tout en étant conscient que la recherche d’une « solution parfaite »conduisait à la paralysie.



A la recherche d'un compromis…


Son plan de relance-Recovery- était applicable immédiatement (« un plan, celavaut toujours mieux que pas de plan »), et excluait des sanctions contre les banquiers fautifs, ce que lui reprocha une bonne partie de l’opinion et du parti démocrate. Non seulement, il n’aurait pas eu une majorité au congrès pour adopter des dispositions « révolutionnaires » mais il se découvrait centriste. « J’étais un réformateur, conservateur de tempérament à défaut de l’être dans ma vision du monde » capable d’imposer ses choix, convaincu qu’un responsable disposant des mêmes informations déciderait dans le même sens que lui et modeste. « Il resterait toujours un abîme entre ce qu’il fallait accomplir pour rendre le monde meilleur et ce que j’étais en mesure de faire… »


Le réformateur, par la suite, encadra les pratiques imprudentes et donna aux régulateurs financiers les instruments pour éteindre les incendies avant qu’ils ne deviennent incontrôlables et diminuer la probabilité des crises. Ce fut la loi Dodd-Frank (2010), la plus importante refonte de la finance américaine depuis le New Deal » dont un certain nombre de dispositions ont été supprimées par son successeur.


L’économie se stabilisa lentement. En Mars 2010, le chômage commença à baisser. Mais la reprise fut bloquée par les marchés financiers à la suite de la crise grecque. Le keynésien Obama ne parvint pas à convaincre les Européens dominés par l’ordo-libéralisme allemand et obnubilés par les déficits budgétaires d’adopter des mesures de relance par l’investissement public (infrastructures).


Le Réformateur a une démarche rationnelle et calculée, ce qui ne peut que réjouir un ancien Commissaire au Plan. Ce tenant de l’Etat régulateur » fait réaliser une analyse coûts- bénéfices pour chaque nouvelle régulation fédérale. De plus, une petite équipe installée en face de la Maison Blanche « évalue toutes les dispositions fédérales existantes pour que nous puissions nous débarrasser de celles qui étaient superflues ou obsolètes » La moisson fut riche.


La réforme de l’Assurance maladie fut un long calvaire. Le lecteur européen, peu familier des procédures de Washington trouvera long certains développements. Ce même européen a de la peine à comprendre comment une majorité des américains et encore plus de sa classe politique trouve acceptable un système qui n’offre aucune couverture maladie à plus de 30 millions de citoyens et rejette un système généralisé de Sécurité Sociale, comme il en existe dans de nombreux pays, dont son voisin, le Canada. Appartenant à a classe moyenne, Barack avait connu de nombreuses situations dramatiques de personnes qui n’avaient pu se faire soigner et en étaient mortes. La question pour lui relevait de la justice sociale et était autant morale que politique. Le Président, faute de pouvoir mettre en place un système complet et logique, fut contraint de prendre la voie complexe de l’assurance privée obligatoire et d’entrer lui- même dans les détails d’un dispositif, qu’il fut contraint d’expliquer aux citoyens à de multiples reprises et avec un succès médiocre. Il dut faire face, notamment au Tea Party, financé par des groupes d’intérêt, qui diabolisa le projet de réforme et son auteur ; il apparaissait sur des affiches et pancartes sous les traits d’un médecin-sorcier africain, un os fiché entre les narines et était comparé à Hitler ou à un animal. La loi finit par être adoptée mais Barack Obama durablement affaibli perdra la majorité à la Chambre des Représentants lors du mid- term ballot.


L’adoption des réformes devient de plus en plus difficile. La réforme permettant aux homosexuels de ne plus se dissimuler dans l’armée et de faire une carrière normale franchit l’obstacle. En revanche, la régularisation des jeunes sans-papiers arrivés aux Etats-Unis, lorsqu’ils étaient enfants, est recalée par le Sénat, à cinq voix près.


Commandant en Chef et Chef d’Etat


La première chose qu’apprend le détenteur de la mallette nucléaire est de faire un vrai salut impeccable : les doigts serrés, la pointe des doigts à la hauteur des sourcils. Le président n’était pas en odeur de sainteté auprès des généraux. Jeune sénateur, il fut l’un des rares à s’opposer à l’invasion de l’Irak. Candidat, il s’était engagé a à réduire les effectifs en Irak et à fermer Guantanamo. Il craignait d’être embrouillé par les tenants d’un système auquel ls avaient consacré toute leur carrière. Il n’y avait qu’une femme et un Noir au grade de général. Il utilisa la même méthode qu’en économie : ne pas prendre de décision immédiate, étudier les dossiers, consulter beaucoup, multiplier les réunions de travail et enfin trancher. Cela n’empêcha pas les fuites de rapports confidentiels -à propos de l’augmentation des effectifs militaires en Afghanistan- et les « confidences » auprès de membres du Congrès. Progressivement, le Pentagone fut remis à sa place.

Obama avec des généraux : prudent et méfiant.


Lucide sur l’état du monde, Obama considérait que l’influence des Etats Unis était liée au respect de lois, normes et règles, qu’ils avaient pour une large part imposée. Sensibilisé au risque de prolifération des armes nucléaires, son objectif, à long terme était l’abolition de toutes les armes nucléaires. L’ONU, en dépit de ses imperfections, remplit « une fonction vitale …elle avait aidé plus de quatre-vingts anciennes colonies à devenir des nations souveraines…Ses agences avaient contribué à sortir des dizaines de millions de personnes de la pauvreté ».


Le calendrier des rencontres internationales et la gravité de la crise économique obligèrent le nouveau président à prendre rapidement des initiatives : contacts bilatéraux, participation au G20 et voyages dans les pays alliés. Cela nous vaut quelques beaux portraits de ses homologues. Il éprouve beaucoup d’estime envers le Premier Ministre britannique, Gordon Brown, le premier chef de gouvernement à avoir compris la nature de la crise et le mode de traitement adéquat, mais battu aux élections il disparut rapidement de la scène politique. Il en a moins pour son successeur, David Cameron : « formé à Eton, il arborait une mine juvénile et une désinvolture étudiée et, outre, une maîtrise impressionnante de tous les sujets, il avait la verve et la confiance évidente d’une personne pour qui la vie n’avait pas été trop dure » Sa préférence va à la chancelière allemande, Angela Merkel, partenaire plus fiable que son homologue français à l’anglais limité.


Sa préférée, la chancelière.


« Angela avait de grands yeux bleu clair, dans lesquels on pouvait lire tour à tour de la frustration, de l’amusement et un soupçon de tristesse… Son apparence impassible reflétait sa sensibilité pragmatique et analytique … Sérieuse, honnête, intellectuellement exigeante et instinctivement bienveillante » cette politicienne aguerrie avait un tempérament conservateur. Il la prend plus au sérieux que Sarkozy « tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens et de petite taille (il portait des talonnettes pour se grandir) on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec (?) Bien qu’issu d’une famille aisée, il reconnaissait volontiers que ses ambitions étaient en partie alimentés par le sentiment d’avoir été toute sa vie un étranger…Ce qui faisait défaut à Sarkozy en matière de cohérence idéologique, il le compensait par l’audace, le charme et une énergie frénétique. Les discussions étaient tour à tour amusantes et exaspérantes, ses mains en mouvement perpétuel, sa poitrine bombée comme celle d’un coq nain…La conversation passait de la flatterie à la fanfaronnade, sans manquer d’une authentique perspicacité ni jamais s’éloigner de son intérêt premier, qui était de se trouver au cœur de l’action et de s’attribuer tout le mérite de tout ce qui valait qu’on s’en attribue le mérite ».


Dimitri Medvedev lui apparait comme « l’incarnation de la Russie nouvelle : jeune, svelte, vêtu de costumes européens chics, taillés sur mesure » Mais il est conscient que le pouvoir suprême est exercé par un ancien officier du KGB, Vladimir Poutine, à qui il rendra visite quelques mois plus tard à Moscou.


« Petit et trapu, une carrure de lutteur, une fine chevelure blond-roux, un nez saillant, des yeux clairs et vigilants, une désinvolture indiquant qu’il avait l’habitude d’être entouré de subordonnés et de solliciteurs » Le Premier Ministre lui fait penser à des boss de Chicago, « des tempéraments durs, roublards…qui considéraient le clientélisme, les pots-de-vin et parfois la violence comme des recours légitimes…Dans leur monde, l’absence de scrupules et le mépris envers toute ambition plus élevée que l’accroissement de leurs pouvoirs n’étaient pas des défauts : c étaient des atouts ».


Quant au président chinois, Hu Jintao, il a le souvenir de rencontres soporifiques. Quel que soit le sujet, il puisait dans d’épaisses piles de remarques toutes faites…Quand venait mon tour de parler, il parcourait ses papiers en cherchant la réponse que ses assistants lui avaient préparée…J’ai eu plus d’une fois l’envie de lui suggérer que nous échangions nos documents pour les lire à notre guise et éviter ainsi de perdre notre temps »

Une vedette pour de nombreux jeunes dans le monde.


En politique internationale, la prudence, le réalisme, l’opiniâtreté et la recherche de progrès limités mais réels, guident son action. Sa grande popularité dans le monde contribue à l’amélioration de l’image des Etats-Unis et est une aide. Sa proximité avec la jeunesse l’incite à multiplier les contacts lors de visites dans les pays étrangers. Cela ne suffit pas à impressionner les dirigeants autocrates et à changer les rapports de force. Avec la Russie, il marqua des points dans le contrôle des armes nucléaires.


Sur la Chine, il constate que pour les entreprises américaines et leurs actionnaires, il y avait trop d’argent à gagner : produits bon marché, débouchés considérables pour les produits agricoles, fortunes de milliardaires chinois se plaçant à Wall Street à la plus grande joie des financiers pour qui Il était urgent d’enseigner aux enfants le mandarin… Au Premier Ministre Wen Jibao, il arracha en quelques heures, à Copenhague, un accord intérimaire sur la limitation des émissions de CO2. C’était la première fois que la Chine s’engageait sur cette voie. Militant écologiste, il aurait voulu aller au-delà de cet accord intérimaire mais le Congrès et les lobbys faisaient barrage.


Déjà Trump


Trump, il ne l’avait jamais rencontré. Il le découvre lorsqu’il prétend qu’Obama n’est jamais né aux Etats-Unis et qu’il est donc un président illégitime. Le 10 Février 2011, il déclare : « Notre président est sorti de nulle part…les gens qui étaient à l’école avec lui, ils ne l’ont jamais vu » Obama doit publier son extrait de naissance in extenso pour mettre fin à cette polémique absurde. Il met du temps à prendre au sérieux son futur successeur, se fiant à ses amis chefs d’entreprise « un type qui brassait de l’air, qui laissait derrière lui un sillage de faillites et de contrats rompus, d’employés floués et d’arrangements financiers douteux et dont l’activité consistait en grande partie à donner son nom à des entreprises dont il n’avait ni la propriété ni la gérance ».


Le vrai sac de nœuds du Moyen Orient


Comme sur toutes les parties du monde, le Président a une connaissance approfondie de l’histoire et de la géographie de chaque pays et évalue leurs dirigeants avec réalisme. Pour autant, ses marges de manœuvre sont limitées et plusieurs de ses initiatives échoueront. Il lui faut mettre en balance des intérêts contradictoires façonnés par l’histoire et l’économie: maintien au pouvoir des dictateurs qui garantissent l’approvisionnement en pétrole et prise en compte des aspirations des peuples à plus de liberté et de démocratie. De plus, déjà engagés en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis n’ont nulle envie d’ouvrir un troisième front. Obama s’interroge : « Que se passerait-il si un gouvernement commençait à massacrer ses citoyens par milliers, alors que les Etats- Unis avaient le pouvoir de l’en empêcher ? » Il répond : « Nous avions une obligation effective de prévenir les atrocités sur tous les continents ».


Dans le conflit israélo-palestinien, il se sent personnellement concerné. « L’histoire de l’Exode s’était gravée dans mon cerveau, comme dans celui de nombreux jeunes américains… et j’avais une vision idéalisée d’Israël…à Chicago, une partie de mes amis et soutiens les plus fidèles étaient issus de la communauté juive » Il est membre de l’American Israël Public Affairs Commitee, un puissant lobby Trans partisan. Durant la campagne électorale, il défend une solution à deux états, condamne les colonies israéliennes et exprime un souci pour le peuple palestinien.


Le Premier Ministre Israélien sera le plus fort.


Elu, il veut avancer sur le dossier de la paix mais Netanyahou veille : « Bâti comme un rugbyman, avec une mâchoire carrée ,les traits épais et une calvitie sur laquelle il rabattait des mèches de cheveux gris. Intelligent, habile, coriace, il s’exprimait avec aisance en hébreu comme en anglais…Il était convaincu de pouvoir résister à toutes les pressions d’un gouvernement démocrate comme le mien » Il avait raison.


Le printemps arabe le surprend comme tous les gouvernements occidentaux. Il est convaincu que son gouvernement doit encourager le changement. On peut se demander si pour l’Egypte, son idéalisme ne l’a pas emporté sur le réalisme. Il se sent proche des jeunes manifestants de la place Tahrir et est horrifié par la répression. Il ne s’interroge pas sur le fait que progressivement les jeunes sont remplacés par les Frères Musulmans, aussi peu démocrates que son »ami » et dictateur Moubarak, dont il demande avec insistance et à plusieurs reprises, le départ, avec l’appui final d’une armée égyptienne, elle-même fort peu démocrate. Ce coup de pouce indirect donné aux Frères musulmans inquiéta de nombreux dirigeants de la région.


En Lybie, il s’engage avec réticence, après avoir beaucoup hésité, en partie sous la pression de Cameron et de Sarkozy, qui veulent faire un coup de politique intérieure. Quant à la Syrie, il constate le peu d’influence des Etats-Unis, la place étant occupée par la Russie.

Ce premier tome des mémoires se termine par une description détaillée de la traque de Ben Laden et le succès final, qui augure bien de sa prochaine réélection.


Les débuts de la présidence Biden (« Jo, un type droit, honnête et loyal qui se soucie des gens ») se font dans un contexte qui ressemble par bien des aspects à celui du premier mandat de Barak Obama. L’urgence est une crise économique et sociale qu’il faut traiter. La collaboration des Républicains, dont une grande majorité reste trumpiste, est exclue. La majorité au Congrès est incertaine et les démocrates divisés. Le pays reste fracturé par la question raciale. Le rival chinois est plus puissant que jamais et la Russie aussi peu coopérative. L’armement nucléaire de l’Iran continue d’inquiéter et le Moyen-Orient reste instable et divisé. Netanyahou et Poutine sont toujours là.


Nul doute que le nouveau président sera aidé par l’expérience accumulée, en tant que vice-président. Nul doute non plus qu’il ne pourra faire de miracles, compte tenu des obstacles que doit franchir le Président des Etats-Unis.

Pierre-Yves Cossé

24 Février 2021

En complément, la critique que j’avais faite en 2009 du livre précédent de Barak Obama « Dreams… »

Dreams from my father

Barack Obama était un inconnu en 2000. Lorsque notre ministre des affaires étrangères se rend à Chicago, il ne fait pas partie des personnalités présentées à Hubert Védrines. Avant son intronisation, seul un petit nombre des hommes politiques de Washington pouvait se vanter de s’être entretenu avec le nouveau Président. Ces rares privilégiés avaient relevé son intelligence, son sens de la mesure, son sang froid et son professionnalisme ; il se préparait à l’exercice de sa fonction posant des questions aux uns et aux autres ( par exemple, comment s’entourer des meilleurs sans perdre sa capacité à décider ?)

Au cours de la longue campagne, plus de deux ans, le grand public a eu le temps d’apprécier la prestance physique du joueur de basket, la magie de son verbe, sa capacité à communiquer et organiser, la rapidité à réagir, l’étendue de sa culture politique et la qualité de ses écrits (notamment le grand texte de mars 2008 sur la question raciale)

Barack Obama est un écrivain. Je n’ai pas lu « l’audace d’espérer » mais la lecture de « Dreams of my father » (cadeau de Noël de Bruno et de Nathalie) m’a convaincu. Cette autobiographie de 572 pages en livre de poche se lit comme un roman. Ou plutôt comme un livre d’histoire écrit par un grand reporter qui a la technique de vous faire croire que vous êtes sur place à vivre l’événement : longs dialogues, descriptions minutieuses (il ne manque ni une couleur dans le ciel ni un haussement d’épaules) Bien sûr, il y a une part d’invention, dans les scènes et dans les personnages dont certains sont des « condensés de personnes que j’ai connues » A t’il traduit Tacite ? Probablement pas. Un livre facilement transposable en pièce de théâtre ou en film.

Cette autobiographie sonne juste. S’agissant de ses proches, la complaisance est bannie et la plume est parfois sévère. Comment ont réagi les membres de sa « tribu » nommément cités, notamment ceux restés au Kenya ? Le témoignage du premier « afro-américain » à être élu à la tête de la Harvard Law Review paraît sincère et personnel ( il n’avait sûrement pas de quoi se payer un « nègre »).


Pourquoi écrire une autobiographie à 33ans ? L’auteur indique qu’il répondu à une incitation d’un éditeur qui lui versa une avance. Une « petite publicité » avait entouré son élection ce qui n’empêcha pas les ventes d’être « franchement décevantes » Etait- ce une pierre dans l’édification d’un destin national ? A posteriori, cela paraît évident mais rien n’est écrit dans ce sens.

Livre d’histoire romanesque par la diversité des situations et des lieux, Hawaï, l’Indonésie, Los Angeles, Chicago et le Kenya. Le nouveau Président ne pourra se flatter comme certains parlementaires américains de ne pas avoir de passeport. Le monde sous développé lui est familier. Mais pas l’Europe qu’il ne connaît que comme touriste (dont Paris), à l’exception de la Grande Bretagne souvent citée en tant que puissance colonisatrice du Kenya.

Le sous titre des « rêves de mon père » est « l’histoire d’un héritage en noir et blanc » Et c’est bien le thème de la séparation raciale et de l’identité des hommes séparés qui est dominant. Barack Obama ne cherche t’il pas une sortie par le haut en se présentant comme le Président d’une Amérique post raciale ?


Passant ses premières années dans sa famille maternelle blanche, il a été « parmi les plus gâtés par la chance « J’ai pu vivre une partie de mon enfance sans douter de moi »

Ses grands parents avaient laissé leur fille épouser un noir. « Comme la majeure partie des Américains de l’époque, ils n’avaient jamais accordé beaucoup d’intérêt aux Noirs…Les Noirs sont là sans être là, comme Sam, le pianiste ou Beulah la bonne…présences indistinctes, silencieuses, qui ne provoquent ni passion ni peur » Le mot racisme ne faisait pas partie de leur vocabulaire. « Ton grand père et moi, nous pensions qu’il fallait traiter les gens correctement. C’est tout. ».


La photo dans Life d’un Noir qui avait essayé de changer de peau fut comme « une attaque en forme d’embuscade.je me rendis dans la salle de bains et me plantai devant la glace…Est ce que j’avais quelque chose d’anormal ? Mais si j’étais normal, l’autre possibilité ne me faisait pas moins peur, la perspective que les adultes qui m’entouraient vivaient dans un monde de fous » .


Inscrit à dix ans dans un « prestigieux lycée privé » d’Hawaï » fondé par des missionnaires, il est le seul garçon noir. Le professeur, qui a vécu au Kenya, lit son nom complet- la classe glousse- il lui demande le nom de la tribu à laquelle appartient son père. Il répond Luo. « Derrière moi, un garçon aux cheveux blond-roux répéta le mot en imitant le cri du singe »…Une élève rousse me demanda la permission de toucher mes cheveux…. un garçon rougeaud me demanda si mon père mangeait les gens… pendant ce premier mois, je n’étais pas plus mal loti que les autres élèves relégués dans la catégorie des marginaux, les filles trop grandes ou trop timides…les enfants dispensés d’éducation physique » Dans sa classe, il y avait Coretta, une noire de son âge : « Nous prîmes soin de nous éviter, tout en nous observant de loin, comme si le contact direct risquait de nous rappeler notre isolement avec plus d’acuité encore ».


« Une partie de moi-même se sentait foulée aux pieds, écrasée et je cherchai refuge auprès de mes grands- parents et de leur style de vie » Il sort de sa « longue hibernation » à la nouvelle de la visite de son père. « A la cantine, j’expliquai que « mon grand père, c’est un chef…un peu comme le roi de la tribu…comme chez les Indiens…mon père, c’est un prince…. c’est lui qui prendra la suite…Obama, ça veut dire lance flamboyante » Invité par le professeur à faire une conférence à l’école, le père parle du Kenya, de sa géographie, des animaux sauvages, des coutumes, de la lutte contre les Britanniques, de l’esclavage…. « Tous mes camarades applaudirent chaleureusement…."le garçon qui m’avait posé la question du cannibalisme me dit, il est génial, ton père...et le visage de Coretta révélait la satisfaction ».

Plusieurs incidents à coloration raciste sont cités : le premier garçon qui le traite de nègre reçoit son poing dans la figure et dit en pleurant : qu’est ce qui te prend ? Un joueur de tennis lui demande de ne pas toucher le programme des matchs sur le tableau d’affichage parce que sa couleur risquait de déteindre…La femme d’un certain âge qui s’agite nerveusement quand il monte dans l’ascenseur derrière elle et court chez le gardien…

Etudiant, il lit les auteurs noirs, dont Malcom X. Il commente le vœu de Malcom que soit expurgé par la violence le sang blanc qui coulait en lui: « Jamais je ne pourrais réduire mon sang blanc à une pure abstraction. Car, que supprimerais- je en moi par la même occasion, si je devais laisser ma mère et mes grands- parents à la frontière d’un territoire inexploré ? ».

Sa grand- mère a peur d’un grand noir qui mendie à l’arrêt de bus. Il raconte l’incident à un vieux poète noir qui lui réplique ; « Ta grand- mère a raison d’avoir peur. Elle comprend que les Noirs ont une raison d’avoir la haine. C’est comme ça. Et Barack sut pour la première fois qu’il était « absolument seul ».


Avant d’entrer dans l’université, il interroge le même poète « Il faut que tu y ailles, mais garde les yeux ouverts…. tu ne vas pas à l’université pour y recevoir un enseignement. Tu y vas pour être dressé. Ils vont te dresser à manipuler les mots…à oublier ce que tu sais déjà…. ils te feront savoir que tu es peut être un nègre bien dressé mais que cela ne t’empêche pas d’être un nègre ».


A l’université, pour éviter d’être soupçonné d’avoir retourné sa veste, il choisit de amis noirs les plus actifs politiquement. Il définit son groupe ; « Nous n’étions ni indifférents, ni négligents, ni anxieux. Nous étions aliénés »

Mais il fait un acte de foi : «mon identité commençait…avec le fait établi de ma race, mais elle ne se terminait pas là, elle ne pouvait se terminer là » Il se définit comme un « individu ».

L’itinéraire de Barack a un côté classique, celui d’un jeune américain issu des classes moyennes et élevé dans une famille respectable par une mère qui fait des études supérieures.


Ecole privée, sorties, alcool et herbe à l’adolescence (mais pas d’héro) « Je me défonçais…pour trouver un moyen de savoir qui j’étais » L’université de Los Angeles (1979)avec la vie en tribu (noire) et ses déplacements en bande.


New York, Harlem et l’université de Columbia.


Il doit rembourser des prêts et veut mettre de l’argent de côté. Il se fait recruter comme Assistant de recherche dans une société de conseil financier pour multinationales. Il est le seul cadre noir. Il explique aux secrétaires -toutes noires- qu’il se prépare à devenir travailleur social. Elles sont déçues. L’agent de sécurité, également noir ne mâche pas ses mots : « Pourquoi un truc comme ça? …. un jeune homme comme vous avec une belle voix, vous pourriez faire animateur télé ou bosser dans la vente…j’ai un neveu, il se fait beaucoup de fric dans la vente…Vous pouvez rien faire pour les gens qui font rien pour s’en sortir et, eux, ils vous diront pas merci si vous essayez ».

Il est vrai qu’avec sa décision de « travailler à organiser les noirs à la base » au lieu d’aller dans une grande école, interrompant un cursus classique (1983) l’installe dans la cité d’Alttgeld Gardens à l’extrême sud de Chicago, « deux mille appartements distribués dans des rangées d’immeubles à deux étages munis de portes kaki et de simili volets noirs de crasse » Il apprend le métier sur le terrain dans l’isolement et connaît des échecs ( enquêtes sans suite, réunions sans public) Au sens large, c’est un métier politique exercé en dehors des partis politiques. La désindustrialisation est déjà avancée, le chômage et la violence croissent, les petits blancs sont partis, tout se délabre. Cette organisation des communautés se fait avec l’appui des nombreuses églises soucieuses de leur fonds de commerce. Il remporte quelques succès (le désamiantage) et s’affirme comme leader apprécié et parfois aimé. Il rencontre le nationalisme noir ; « s’il pouvait créer une insularité forte et efficace pour les noirs désespérés, honorer sa promesse de respect de soi, alors la douleur qu’il était susceptible de causer aux Blancs de bonne volonté et les tourments intérieurs qu’ils causaient aux gens comme moi seraient de peu d’importance »

Lorsque Barack annonce son inscription à Harvard,, personne n’est surpris. IL est félicité sauf par Mary « Qu’avez vous les hommes, pourquoi êtes vous toujours en train de courir ? ».

C’est le silence complet sur Harvard. Le diplômé de la Law School a t’il redouté les effets de sa plume incisive sur la suite de sa carrière ? Nous ne saurons rien sur cette étape décisive dans la construction de BO.


Mais le retour à un itinéraire classique est précédé d’un retour aux sources familiales kenyanes.

Le Kenya ne fut pas sa première expérience de pays sous développé.

Enfant, il vécut avec le second mari de sa mère en Indonésie. « La vie était une longue aventure, un bonus accordé à un petit garçon » En six mois, il avait appris l’indonésien, les coutumes et les légendes. « J’avais survécu à la varicelle, à la rougeole et à l’aiguillon de la baguette de bambou de mon maître. Des enfants de paysans, de domestiques et d’employés de bureau étaient devenus mes meilleurs amis et nous courions dans les rues, le matin, le soir, attrapant des criquets…nous livrant des batailles de cerf volant » Il fit aussi l’expérience de la misère et la corruption.

Barack n’était pas mû par la seule et légitime curiosité de connaître sa famille paternelle, il était à la recherche de son identité. Il voulait savoir qui était ce père, « le vieil homme » comme on disait dans son pays, dont il avait appris la mort en 1979. Ce père qui était parti pour Harvard lorsqu’il avait deux ans et avec qui il avait passé un seul mois avec sa mère à l’âge de dix ans.


Il lui faut traverser le Kenya pour retrouver les tombes de son arrière grand- père, de son grand -père de son père et rencontrer sa grand- mère. A chaque étape, il découvre des membres de sa famille, généralement noirs, parfois métis. A la vérité, l’on se perd quelque peu dans cette famille du fait de la polygamie de son père. A l’origine, les Obama venaient de l’Ouganda, ils migraient pour rechercher l’eau et les pâturages nécessaires à leurs grands troupeaux.


Son regard est certes empreint d’empathie mais c’est celui d’un ressortissant de pays riche qui analyse les tares collectives et individuelles du sous développement. Il aime les siens mais il cherche à se situer en dehors des querelles familiales.


Il décrit sans complaisance la colonisation et ses effets durables. Il constate là aussi la difficulté des noirs à travailler ensemble. Son grand –père disait : « L’homme blanc est comme une fourmi, il peut facilement être écrasé. Mais comme une fourmi, l’homme blanc travaille avec les autres.. Sa nation, ses affaires…ont plus d’importance à ses yeux que lui- même…Les hommes noirs ne sont pas comme cela »

Devant le « carrelage tendre et jaune » de la tombe de son père, le fils se jette par terre, pleure et prononce une sorte d’oraison funèbre et de profession de foi « foi née dans les épreuves…qui n’était ni blanche, ni chrétienne ni musulmane mais qui battait dans le cœur de tout premier village africain…. la foi dans les autres » Cette foi n’a pas suffi « malgré tous vos dons, vous n’avez jamais réussi à vous forger pour devenir des hommes complets »

Cette foi est- elle de nature religieuse ? Il semble que oui. A Chicago, BO fréquente de nombreux hommes d’église mais c’est plus par nécessité du fait de son travail que par conviction. Néanmoins un dimanche à l’office du Révérend Wright au pied de la croix il sent la possibilité « d’aller au delà de nos rêves étriqués. Il saisit « l’audace d’espérer et la relation qui unit à Dieu » Et des larmes coulent sur ses joues. BO serait un « reborn « comme son prédécesseur.

Nul ne peut dire aujourd’hui si Barack Obama sera un grand président. La situation catastrophique dont il hérite peut en faire douter. Mais ce que chacun peut dire, c’est que le nouveau président a une vision élevée de l’homme- de tous les hommes- fondée sur une connaissance personnelle et profonde des souffrances individuelles et collectives.


127 vues

Posts récents

Voir tout
  • LinkedIn